Ce qui s’est passé à Tataouine aujourd’hui est une très grave première. Si la violence politique n’est pas un fait nouveau en soit, depuis le 14 janvier, c’est la première fois qu’elle aboutit à mort d’homme. Prémisse d’une guerre civile qui passerait des tranchées virtuels et des plateaux télés aux armes et aux victimes réels ? Ce qui est sur pour moi est que le gouvernement tunisien actuel est le premier responsable de ce qui est arrivé et de ce qui arrivera si jamais la situation continue à dégénérer ainsi.
Loi des raisons circonstancielles qui ont causé la mort de ce monsieur à Tatouine, il faut comprendre et analyser les raisons profondes et “structurelles” qui y ont mené.
Le gouvernement tunisien est le premier responsable parce qu’il n’a rien fait de concret pour mettre en place une stratégie et un plan de réconciliation nationale. Le gouvernement a choisi de laisser pourrir un conflit latent qui avait poussé le peuple à se révolter un certain 17 décembre. Ennahdha en particulier a choisi de ne pas s’attaquer frontalement à l’ancien régime, elle croyait à tort pouvoir le récupérer et l’intégrer à ses rangs, par manque de confiance en soi, par méfiance envers le courant révolutionnaire, par peur du conflit, elle a laissé trainer, elle a refusé de confronter le peuple avec ses geôliers, et de l’amener à se réconcilier définitivement avec son passé. Le CPR et Ettakatol se sont laissés convaincre naïvement par les promesses de leur partenaire du pouvoir, ils en sont autant responsables.
Un an après les élections, le peuple, toujours révolté, ne voit pas les fautifs jugés, demander pardon, et payer. Au contraire, il les voit admis dans les hautes sphères du pouvoir, il les voit détenir les rouages de la finance et des médias, et les voit se réorganiser dans des regroupements politiques de plus en plus organisés et puissants. Le peuple, révolté, ne s’est pas réconcilié avec le passé. Même les projets réformateurs de lois ont été mis au frigo, celles qui voulaient exclure temporairement les responsables de l’ancien régime de participer à la vie politique, ou celles qui voulaient réformer la justice et les médias… Il était clair qu’Ennahdha, première force politique du pays, ne voulait rien réformer, croyant à tort que les choses finiraient par se tasser, et le peuple se réconcilier avec lui-même. Le CPR et Ettakatol étaient pris au piège des prérogatives et du partage du pouvoir, il ne pouvaient plus y faire grand-chose, trop tard…
Le laisser-faire du gouvernement ne fait qu’amplifier la haine et pourrir la scène politique. Les résidus de l’ancien régime se sentent de plus en plus forts et intouchables, arrogants, ils se croient capables de renverser la vapeur et briser la légitimité populaire par la force, et ainsi de revenir par la grande porte qu’on leur a laissée grande ouverte. Le peuple, révolté, n’attendant et ne croyant plus une quelconque justice transitionnelle, finira toujours par bâtir ses propres potences. C’est ce qui arriva aujourd’hui à Tatouine.
Si l’histoire retiendra quelque chose, elle se rappellera que ce gouvernement n’a pas eu le courage de finir et de finaliser le processus révolutionnaire. Il sera le premier responsable de ce qui va arriver.





