Politique canado-québécoise

À lire les réactions dans les éditoriaux et chroniques des journaux, mais aussi sur les blogs québécois à propos de l’élection de Stéphane Dion à la tête du parti libéral du Canada, j’ai l’impression qu’au Québec on a trop tendance de analyser la politique fédérale à travers une perspective provinciale obturée, québécoise, où la dichotomie Québec-Reste-Du-Canada est au centre des réflexions et des analyses.

C’est bien dommage.

Stéphane Dion a été élu pour ses idées, sa plateforme, sa carrure politique et son itégrité. Si les délégués du parti s’étaient laissé aller au calcul politicien ils auraient voté pour Bob Rae. Contrairement à ce que pense Martin, Stéphane Dion incarne le changement par ses idées sur l’environnement, le social et l’économie. C’est un homme politique qui, contrairement à Ignatieff, a toujours défendu les mêmes idées, claires et sans équivoque. On peut bien s’attendre qu’il soit consistant avec lui-même une fois Premier Ministre, je ne m’inquiète pas pour ça.

Franchement, en tant que citoyens, si nos droits sociaux sont renfoncés et nos libertés sauvegardées et défendues, si l’égalité des chances et la justice sociale est assurée, si on a accès à de meilleurs soins de santé, si nos enfants peuvent accéder à une éducation de qualité, si les cultures, les croyances, les langues et les traditions sont respectées sans discrimination, et si le gouvernement élu démocratiquement est intègre et transparent, alors qu’est-ce qu’on en a à faire de la guéguerre Québec-Reste-Du-Canada ?

L’essentiel est ailleurs. Comme le dit Vincent Marissal, le débat souveraineté vs. fédéralisme, ou une partie du Québec vs. le reste du Canada, devrait laisser la place à un affrontement plus sain entre la gauche et la droite. Nous devrions juger nos politiciens au niveau de leur approche des problèmes et des solutions proposées, pragmatiquement, est-ce qu’on veut une approche conservatrice de la société, ou plutôt libérale et progressive ?

Il est important de militer vers plus d’autonomie locale, provinciale, de se battre pour une culture et une langue minoritaire, francophone, d’affirmer et réclamer ses droits identitaires, c’est très sain pour une société démocratique. Mais, il est maladroit de vouloir toujours tout ramener à la question de la souveraineté : ceci nous dévie du vrai débat et des vrais questions.

0 comments On Politique canado-québécoise

  • La santé est de juridicion provinciale, soit dit en passant. 😉

    Qu’est-ce que Stéphane Dion a accompli durant son passage comme ministre de l’environnement? Outre avoir des idées, comment les a-t-il appliquées?

    Moi aussi, Houssein j’en ai rien à foutre du séparatisme québécois, mais nous sommes forcés de constater qu’environ 50% des électeurs, sinon plus ne s’en foutent pas.

    Dans mon petit billet, je ne dis pas que Dion fera un mauvais chef, je dis simplement que c’était le mauvais choix à faire si on voulait avoir une victoire plus facile au Québec. On dirait que les Libéraux aiment ça se mettre dans des situations difficiles.

  • Ceci dit, effectivement, Dion ramène plus à gauche le parti Libéral et polarise le débat et le choix que les électeurs auront à faire. Mais je crois que ça coûtera surtout des voix au NPD dans les comtés d’Ontario.

    Le mystère de la région de Québec demeurera-t-il un mystère? 🙂

    Je crois que oui. Pour le moment.

  • Je suis convaincu que le Québec ne revotera pas conservateurs. Ça ne sera pas facile certainement, mais les idées conservatrices n’ont pas leur place ici.

  • Je rejoins Brem : on peut difficilement éviter l’aspect "politicard". On veut un bon gars pour gouverner, on veut également un gars pour faire tomber Harper. Dion est-il le mieux placer pour ça ? Je n’en suis pas certain. Iggy était peut-être mieux placé de ce point de vue (mais on ne peut jamais présager)

    Par ailleurs, un autre point soulevé par Brem est vrai : qu’a-t-il fait pour l’environnement ? Il était au bon endroit au bon moment ce qui lui permet d’être le héraut vert mais c’est entre autres par son manque d’action que les Conservateurs peuvent dire aujourd’hui que les Libéraux n’ont rien foutu sur Kyoto, rendant l’objectif impossible à atteindre (ce qui est assez vrai étant donné le laisser-aller précédent.)

    On peut dire, à juste titre, que les prédécesseurs de Dion n’ont pas fait mieux. Mais David Anderson ne s’est pas présenté à la chefferie des Libéraux tout de vert vêtu.

    (ceci dit, je partage comme toi un intérêt pour les intellectuels un peu coincé face aux polico-populistes)

  • Houssein,

    Last time I checked c’est d’autonomie que parlait le démocrate Lévesque. Je trouve qu’il est nécessaire de crever l’abcès Québec-Canada.
    Mais si tu entendais ce que j’entends tous les jours à propos du Québec, tu aurais peut-être une autre perspective. Il y a une telle incompréhension et beaucoup de paternalisme colonial.
    Bonne fin de soirée

  • Stéphane Z. À sa défense, Dion n’a pas eu beaucoup de temps pour faire grand chose à l’environnement, il n’a été là qu’après le départ de Chrétien. N’empêche, on l’accueille comme s’il avait fait une découverte incroyable dans le domaine de l’environnement, comme s’il avait la solution. Moi je suis de nature sceptique, alors je me dis, attendons voir.

  • Et au fait Houssein, quand as-tu mis les pieds en dernier dans la region de la ville de Québec?

    Si tu écoutes la radio ici, et non, Jeff Fillion n’est plus là, les opinions conservatrices y sont très présentes. Québec n’est pas Montréal.

  • La grande région de Québec City et la Beauce, deux régions fédéralistes et plutôt conservatrices. Personnellement je pense que ces gens votaient Libéraux au fédéral parce qu’il était hors de question de voter BQ et que les Conservateurs étaient inexistants au Qc. Maintenant que ces derniers ont fait une persée et vont surement pouvoir présenter des personnes intéressantes, je pense qu’ils sont là pour rester bien qu’il y aura possiblement un recul aux prochaines élections.

    Je sais que Dion n’est pas resté bien longtemps mais hormis se montrer à la Conférence de Montréal, il n’a pas vraiment cherché à faire avancer le schmilblick. Par ailleurs, dans cette histoire on confond joyeusement "changement climatique" et "environnement" en général. Mais bon, je pense que tout le monde s’entend pour dire qu’il a été élu notamment pour mettre de l’avant un programme vert, considérant que ce sera surement un enjeu des mois à venir aux Communes et probablement de l’élection suivante, donc surement que peu de monde s’en plaindra réellement.

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