La démocratie : à qui tire plus fort

Si diagnostic il y a à tirer de l’issue des élections québécoises, c’est que la démocratie dans la belle province est en très bonne santé. On ne peut mieux.

Pour preuve, la frustration et l’insatisfaction populaires se sont dégagées au travers d’une soupape d’échappement salutaire qui a drainé les excès de lassitude et d’impuissance. Le peuple a bien trouvé le moyen de faire bouger les choses, à donner un coup de fouet à une scène politique ankylosée qui montrait des signes de lassitude et de déficience depuis plusieurs années. Cette capacité à atténuer la grogne commune et à briser la sclérose ambiante est le signe fondamental d’une démocratie saine et vigoureuse.

Parce que un des objectifs principaux de tout système démocratique est de donner le choix au peuple de présider sa destinée, selon ses humeurs et ses envies. Un choix qui n’est pas toujours évident même au sein des plus vielles démocraties du monde libre. La démocratie c’est aussi une perpétuelle évolution. L’histoire nous a appris que les révolutions populaires se transforment inévitablement en régimes autoritaires, à moins d’adopter un système réellement démocratique garant du changement pacifique. Et c’est justement ce changement, lorsqu’il se produit sans heurts, qui doit nous rassurer sur l’état de santé de notre démocratie.

C’est ce qui est en train de se passer au Québec : nous passons d’un cycle socialiste entamé dans les années 70 où plusieurs combats idéologiques ont été menés et gagnés (ou perdus), à une vision un peu plus conservatrice, économiquement plus libérale, et peut-être un peu moins dichotomique au niveau de la question de l’indépendance du Québec. On est donc en période de transition qui aboutira probablement à une victoire de l’ADQ dans un ou deux ans au plus.

Il va sans dire que L’ADQ va essayer de tirer le Québec autant que possible vers la droite. Il réussira peut-être à réduire le rôle de l’État, à créer un système de santé mixte, à encourager les femmes à rester au foyer (ça sera le résultat des 100$ promis par enfant par semaine), et peut-être même à revitaliser l’économie en faisant quelques concessions aux entreprises. Mais, en contre partie, il augmentera inévitablement la faille sociale entre riches et pauvres, il ne réussira pas à réduire la dette publique, et se mettra les syndicats sur le dos. Au bout de 10 ans au plus le vrai monde sera aussi tanné de Mario Dumont qu’il l’est actuellement de Jean Charest ou des disciples de René Lévesques. Et comme la démocratie a horreur du vide, d’autres auront eu le temps de remplir cet espace laissé vacant à gauche du spectre. Le temps de se restructurer et se renouveler, et va pour un « nouveau » cycle. C’est ça aussi l’histoire des peuples, éternels insatisfaits : ça tire à droite, ça se fatigue, ça tire à gauche, ça s’épuise, ça recentre, ça balance, et ça tire.

C’est pourquoi, finalement, je n’ai pas vraiment peur de l’ADQ, malgré tout le bien que j’en pense. Je n’y vois pas de catastrophe majeure ou de révolution radicale. Je sais qu’il n’est que de passage, et j’ai surtout aveuglément confiance en une saine démocratie qui fonctionne.

0 comments On La démocratie : à qui tire plus fort

  • Je suis d’accord avec ton analyse. C’est un changement pour le Québec, mais probablement pas une grande radicalisation. L’ADQ va probablement se recentrer, car je ne crois pas le Québec autant attiré par la droite profonde que les États-Unis et l’ouest du Canada.

    Pour la démocratie, je pense qu’on peut encore faire mieux, mais c’est vrai qu’elle marche bien.

  • Espérons que pour L’élection présidentielle de 2007 en France la démocratie sois en aussi bonne santé…. Car ici aussi nous avons nos partis opportuniste et populiste.(dont le pire étaient présent au 2eme tour en 2002) . pour nous la victoire de cette extrêmes droite serais une catastrophe majeure j aimerais pouvoir dire comme toi.. « . Je sais qu’il n’est que de passage, et j’ai surtout aveuglément confiance en une saine démocratie qui fonctionne. » Non…nous on a les chocotte….espérant que les « jeunes des banlieues » rééquilibre les choses (la la démocratie est en marche…..après les émeutes ….les jeunes et – jeunes se sont inscrit afin d avoir leurs cartes d électeur….espérant aussi que les non votant de 2002 est pris conscience que de ne pas vote… c est donner indirectement leur vois au parti extrémiste…

  • Les Québécois sont de veaux !!! (avec une voix bien connue)

    Plus sérieusement, je pense que c’est la sensation qui se dégage aujourd’hui de tous ceux qui n’ont pas voté ADQ : la situation était telle que finalement bien peu de monde pouvait voter avec entrain pour les deux vieux partis. Par ailleurs le principe du bipartisme me hérisse le poil surtout quand le point faille est la souveraineté. C’est un sujet important certes mais qui, dans un système à 2 laisse bien peu de place au reste.

  • Je suis assez d’accord avec le tableau brossé. Il y a tout de même un facteur qui pourrait influer sur ce cours de la démocratie, et il ne dépend pas que de notre exercice : le pouvoir de l’État a ses limites, mais celui des grandes richesses ne cesse de s’accroître, leur partage allant toujours s’amoindrissant. Cela étant, jusqu’à quel point un parti ou un gouvernement pèsent-ils dans la balance??

  • Pour ma part, je ne crois pas à une élection majoritaire de l’ADQ lors du prochain scrutin….

    …parce que je constate un dégoût profond et viscérale d’une large proportion de l’électorat pour cette formation politique.

    Je n’ai jamais vu un tel sentiment de rejet, c’est du jamais vu au Québec, étant exclus bien sur la peur des anglophones face au PQ.

    Car, au dela du débat fédéraliste/indépendantiste, le Québec étant fortement minoritaire en Amérique se doit d’être solidaire pour survivre. Le modèle économique et social proposé par l’ADQ, soit celui de chacun pour soi, est suicidaire à long terme pour la collectivé. Les gens le sentent parfaitement.

    L’ADQ vie présentement son 15 minutes de célébrité mais n’ira jamais plus loin.

  • S.O.S. la démocratie a besoin d’une protection. Vendredi, avr 6 2007
    Divers nidaljoad 12:16Modifier ce billet

    Je ne blâme pas les journalistes mais je blâme les rédactions. Les médias sont responsables il faut alors demander le changement.

    Voici quelques faits où les journalistes n’ont pas de juridictions. La façon de présenter les infos, la mise en pages, la mise sur les ondes, les nouvelles à couvrir et celles à ignorer aussi quoi couvrir et comment couvrir ! Toutes ces choses sont très importantes et les journalistes n’ont rien à faire dans tout ça;

    Il faut alors avoir des lois qui aident à protéger la démocratie.

    Par exemple durant la campagne électorale mars 2007 voici quelques faits :

    Les commentaires des médias sur le débat des chefs poussent les gens à croire que Mario Dumont et Charest ont bien fait le débat or ils ne répondaient pas aux questions. La vérité n’a pas été couverte est André Boisclair qui a gagné le débat;
    Les médias ont parlé de sondages qui favorisaient l’ADQ et ils ont décidé de faire et de couvrir des sondages dans les régions où l’ADQ est populaire.
    Les médias ont accordé à l’ADQ beaucoup d’importance or le Québec Solidaire et le parti vert méritaient qu’on leur accorde plus d’importance que l’ADQ.

    Il s’agit d’une manipulation pure et simple où l’opinion publique a été dirigée pour aider Charest Dumont et pour abuser de PQ.

    La solution est écrite dans le texte : http://nidaljoad.quebecblog

Leave a reply:

Your email address will not be published.

Sliding Sidebar

About Me

About Me

Blogueur de nuit, en pyjama, quand ça me tente. Geek de jour, rarement en cravate.

Social Profiles