Pourquoi je voterai Abbou

Ma décision est prise, mon vote ira à Mohamed Abbou aux élections présidentielles tunisiennes. Voici pourquoi.

Depuis des années, je suis intimement convaincu que la corruption galopante constitue le plus grand défi et le plus grand danger auquel fait face la Tunisie post-révolutionnaire. Comprenez, je ne parle pas ici de petite corruption individuelle, du bakchich, du travail au noir ou de la petite contrebande aux frontières. C’est important, mais ce n’est ni le fond ni la priorité. Je pense plutôt à la grande corruption qui ronge les hautes sphères du pouvoir, organisée et systémique, faite d’alliance d’intérêts financiers, médiatiques et politiques. Je pense à cette machine bien huilée, avariée, pivotant autour des mécanismes de copinage, de manipulation, de traîtrise, de monétisation de services et de retours d’ascenseurs. Je vous parle d’un système corrompu à l’os que nous avons tous bien connu à l’ère de Ben Ali, et que nous connaissons tous très bien aujourd’hui.

C’est ce système archaïque qui empêche et empêchera tout changement et toute évolution socio-économique de la Tunisie.

Vous pouvez imaginer le meilleur programme et le plus ambitieux plan de redressement économique préparé par la crème des experts, et avoir tous les moyens humains et financiers qu’il faut pour les réaliser, ça ne changera rien, ou très peu. Tant que la base est fondamentalement pourrie, ceux en haut, qui manipulent le système et savent comment le naviguer, en profiteront grandement, mais le reste, en bas de l’échelle, souffriront davantage. La réalité des dernières années nous l’a très bien enseigné.

Il nous faut commencer par attaquer l’origine du mal. Frapper là où ça fait mal. Arracher les racines de la pourriture, faire peau neuve, montrer et donner l’exemple, et repartir sur de bonnes bases.

Venons-en aux élections présidentielles. Voici une des rares occasion où nous avons le pouvoir de nous exprimer directement en choisissant la direction que nous voulons donner à notre pays. Accepter le système corrompu comme une fatalité, ou “nous révolter” par le pouvoir des urnes pour redresser la barre et montrer une nouvelle voie. Le président de la république ne peut pas anéantir toute la grande corruption d’un coup de baguette magique, on s’entend, pas en cinq ans, pas avec les prérogatives constitutionnelles qui limitent son champ d’action. Mais il peut et il doit commencer quelque part, il peut entrouvrir la porte, et il peut montrer le chemin, il a le pouvoir moral et pratique de le faire. Dans ce sens je crois sincèrement que Mohamed Abbou est le meilleur candidat pour le job.

Au-delà de la personne, de son calme et son flegme pragmatique, de son passé pré et post révolution qui témoigne d’une intransigeance radicale face à l’injustice, et de la constance de ses principes et valeurs qui mettent la lutte à la corruption et l’application stricte et juste de la loi au centre de ses préoccupations, de ses positions progressistes sur la peine de mort et l’égalité des sexes, au-delà de tout ça permettez-moi de vous exposer deux points essentiels du programme de M. Abbou qui le distinguent de tous les autres.

Mohamed Abbou est le seul candidat qui a fait le lien entre la corruption au sens large, et politique en particulier et la sécurité nationale. En effet, il pointe le financement étranger des politiciens et des partis politique comme une menace à la sécurité de la Tunisie et à son indépendance politique et économique. D’après Abbou, le président peut et doit s’y attaquer parce que le président de la république est le premier responsable de la protection du pays des interventions et des intérêts étrangers. Il s’agit d’une interprétation inédite et très habile des prérogatives constitutionnelles du président. Il promet donc d’ouvrir ce dossier et de s’y attaquer de front dès les premiers jours de son éventuel mandat avec l’aide du système de justice, des renseignements, et d’une équipe de juristes et d’experts tirés sur le volet. Je crois que s’il y réussit, et je ne vois pas pourquoi il ne réussirait pas, il soulèvera le couvercle de la fourmilière exposant la pourriture qui s’y cache, les poursuites et les scandales qui s’en suivront feront école, d’autres affaires pourront être découvertes et d’autres dossiers ouverts, enfin. L’onde de choc qui s’en suivra sera très salutaire.

Ensuite, il y a ce deuxième engagement que je trouve fort intéressant, M. Abbou est le seul à l’avoir proposé, celui de mettre la force de la présidence au service des juges en cas de besoin. Il y aurait plusieurs dossiers de corruption qui ont été et qui sont encore bloqués ou ralentis par le pouvoir exécutif, c’est-à-dire le gouvernement. Un juge ordonne une saisie, une arrestation, ou une enquête, et la police n’exécute pas rapidement, ou pas du tout, parce qu’ils ont reçu d’autres ordres de leurs supérieurs hiérarchiques… Mohamed Abbou propose dès les premiers jours d’en discuter avec les juges pour bien saisir la problématique, ses causes et ses conséquences. Il leur garantira de mettre à leur disposition toute la force de la présidence (sécurité présidentielle) pour exécuter leurs ordres dans les cas extrêmes où le gouvernement refuse de réagir. C’est un outil supplémentaire aux mains des juges, sous la protection et l’aide de la présidence qui permettra enfin fournir au système de justice de frapper avec toute la force de la loi.

C’est avec des actions comme celles-ci que nous commencerons à voir la lumière au bout du tunnel. Lorsque nous constaterons que nos décideurs et nos gouvernants sont sérieux dans la lutte à la corruption et l’application juste et forte de la loi, pour tous, à ce moment là la confiance perdue pourrait être reconstruite, à l’intérieur entre nous et vis-à-vis de nos partenaires extérieurs aussi. Cette confiance retrouvée dans les institutions politiques et dans le système de justice est la base du retour en force de l’investissement interne et externe et du développement économique.

Voilà donc pourquoi je vais voter Abbou. Un état fort et juste n’est pas juste un autre slogan de campagne, c’est une philosophie de pouvoir, et une vision pragmatique avec des propositions concrètes pour en finir avec un système corrompu et retrouver un début d’espoir dans un futur meilleur. 

Cet article a été initialement publié sur Le Huffington Post Maghreb.

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