La fin du Parti Québécois

Après 10 jours de campagne, il devient de plus en plus plausible que l'issue du scrutin du 26 mars soit un gouvernement libéral minoritaire. C'est la présence de trois partis prétendant chacun à plus ou moins 30% des votes augmente inévitablement le risque d'aboutir à un gouvernement minoritaire. Une situation qui risque d'être insoutenable à moyen terme, parce qu'un tel gouvernement ne peut pas vraiment gouverner, et il court le risque à tout moment d'être défait par l'opposition majoritaire.

Ceci étant, il faut comprendre que le mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour (1), héritage britannique largement pratiqué en Amérique du nord, tend à favoriser une forte bipolarisation du paysage politique : Libéraux et Conservateurs au Canada, Démocrates et Républicains aux US, et jusqu'à pas très longtemps PQ et PLQ au Québec. Seulement voilà, la forte ascension de l'ADQ au Québec ces dernières années vient fausser la donne : ces élections semblent de plus en plus présager une période transitoire de transformation profonde du paysage politique québécois. Le système ne favorisant que deux grands partis, il est clair que l'un des trois grands partis actuels finira par disparaître à moyen-terme.

C'est les électeurs qui décideront évidemment, il y a plusieurs scénarios possibles, mais à mon avis, dans la liste des ballotés c'est le parti québécois qui a le plus de chance (ou de malchance) de quitter le loft. C'est une intuition, je ne peux pas prévoir le futur, mais il me semble que le québécois sont un peu fatigués du PQ. Ils lui ont donnée sa chance pendant plus de 30 ans, il n'a pas réussi à réaliser le rêve indépendantiste, sa mission est finie. Ce qu'on pourrait imaginer, et ça n'a rien de fictif, c'est une bipolarisation de la scène politique québécoise entre le PLQ et l'ADQ, où les libéraux se déplacerait une peu plus vers la gauche afin de reprendre la place du PQ, et où l'ADQ se placerait un peu plus au centre à droite du spectre politique.

L'autre possibilité, un peu moins plausible à mon sens, serait le résultat d'une victoire minoritaire de l'ADQ. Paradoxalement je pense qu'une telle victoire signerait son arrêt de mort. Je crois fermement que Mario Dumont et ses acolytes sont loin d'être prêts à gouverner. Un gouvernement adéquiste minoritaire serait une catastrophe, il sera inévitablement persifflé par la population et perdra toute crédibilité... Ce serait alors un retour à la case départ avec un PQ faible face à un PLQ revigoré qui irait chercher les votes des adéquistes déçus.

Quoi qu'il en soit, on est en premières loges pour assister à un chamboulement historique de la scène politique québécoise, semblable à mon sens aux années qui ont précédé la victoire de René Lévesque en 1976, et qui ont abouti à la débandade de l'Union nationale (oui je sais l'analogie est un peu naïve, mais l'idée est là).


(1) Voir la description détaillée des différents modes de scrutin, ainsi que leurs avantages et inconvénients.
  • vendredi le 02 mars 2007 à 15:04

Commentaires

Wow. Super analyse. J'aurais aimé l'avoir écrite :)

(mais tout le monde m'aurait accusé d'être un sale adéquiste et anti-péquiste vendu)

:D :D :D
  • brem
  • à 18:24, vendredi le 02 mars 2007 #
Je ne pense pas qu'il y aura un gouvernement minoritaire. La popularite de l'ADQ est limite qu'a certaines circonscriptions.

Si un tel scenario se produisait avec un gouvernement liberal minoritaires, ce sera un bon test pour l'ADQ qui se veut une vraie alternative: on ne peut pas constamment chialer si on detient la balance du pouvoir...

De toute maniere, je pense que les conservateurs (PLQ) s'entendront bien avec le reform (ADQ), meme si ce n'est pas une possibilite que je souhaite.
  • SV
  • à 19:34, vendredi le 02 mars 2007 #
Desole pour le "double-post", mais il ne faut pas oublier qu'a sa base, le PQ est un amalgame de differents parties politiques. Certains etaient de droite, d'autre de gauche (sa tendance pro-syndicale est arrivee un peu apres sa creation), mais ils partageaient tous l'idee commune de l'independance du Quebec.

Maintenant, il existe trois parties souvrainistes (ADQ, QS, PQ). C'est un cas de "split vote" classique.
  • SV
  • à 19:47, vendredi le 02 mars 2007 #
l'ADQ est loin d'être un parti souverainiste SV !!
  • Houssein
  • à 22:01, vendredi le 02 mars 2007 #
Peut-être assistera-t-on à la disparition du PQ, mais pas en 2007. Les gens ont encore René Lévesque en mémoire. Je crois que le visage politique du Québec ne changera pas avant 20, voir 30 ans.

Pour ce qui est du résultat, je crois moi aussi en une victoire libérale minoritaire, opposition principale ADQ.

Mais je suis certain que si l'ADQ gagne les élections, cela ne voudras pas dire la mort du parti. On est tellement habitué à des gouvernement pourri qu'on va juste en élire un autre dans 4 ans. C'est plate de dire ça, han? lol
  • Ivellios
  • à 23:28, vendredi le 02 mars 2007 #
Houssein - Quoi? l'ADQ n'est plus souvrainiste? Comment peuvent-ils me faire ca? ;)
Non, serieusement, c'est mon erreur. Lors des premieres elections de Dumont, l'ADQ n'etait pas tres clair la-dessus. En relisant leurs anciennes plateformes, ainsi que la doctrine qui s'y prete. Ils voulaient renegocier la position du Quebec au sein de la constitution canadienne, mais sans parler d'independance.

Leur nouvelle vision:

"un gouvernement adéquiste entend porter les attentes et les aspirations des Québécois : plus d’autonomie politique, économique et culturelle et ce, dans l’ensemble canadien." [programme ADQ]

Donc, ils veulent negocier plus de souvrainete pour le Quebec, mais pas LA souvrainete :p
  • SV
  • à 02:26, samedi le 03 mars 2007 #
Le peuple??? québécois est unique au monde. Il semble être le seul à ne pas vouloir son pays. Essayez d' y comprendre quelque chose. Alors que le Canada dans son cahier publicitaire pour les émigrants se déclare sans culture, donc qu'il n'est pas un peuple, l'un ne va pas sans l'autre, on parle de la culture québécoise mais sans un peuple qui veule son propre pays. Et les persifleurs s'en donnent à coeur-joie. Le père de Stéphane Dion a écrit que les québécois n'avait pas besoin d'ennemis, ils les avaient à l'intérieur... Un coup de lucidité
jpl
  • Jean-Paul Lalonde
  • à 13:43, dimanche le 04 mars 2007 #

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