L'affaire Flickr
Une affaire fait beaucoup de bruit sur le net ces derniers jours. Elle devrait à mon avis nous pousser à remettre en question toute notre conception du Web social, du 2.0.Résumé rapide :
Rebekka Guðleifsdóttir est une étudiante islandaise en arts, et une photographe de grand talent. Comme plusieurs photographes, elle publie ses clichés sur Flickr, et y a un énorme succès. Jusque là tout va bien.
Puis elle découvre qu'une compagnie anglaise vend des tableaux de certains de ses photos, pour un total de qulques milliers de dollars, tout ça sans la permission de la photographe. Du pur vol.
Rebekka engage alors un avocat qui leur envoie une lettre demandant dédommagement. Rien n'y fait. La compagnie en question enlève simplement les photos de son catalogue, se dit qu'elle les a achetés de quelqu'un (dont elle ne donne pas le nom), et refuse de payer à Rebekka son dû.
Sans recours, et avec une facture d'avocat à payer, Rebekka raconte toute l'histoire sur Flickr même, en publiant un photo-montage des paysages qui ont été l'objet du vol. Deux jours et plus de 450 commentaires plus tard, Flickr décide de supprimer le photomontage, le message de Rebekka et tous les commentaires de soutien qu'elle a reçu.
Les cons !
-- fin du résumé
Tout ça m'a fait repenser à ce fameux article de Karl Dubost, Esclavage 2.0, où il expliquait pourquoi il quittait Flickr... Je n'avais pas tout à fait compris son geste à l'époque, je le trouvais un peu extrême. Maintenant je comprend mieux ce qu'il voulait dire :
L'article relativement long insiste sur la nouvelle génération de services Web qui ont été conçus pour vous rendre service, pour vous chérir, … S'il y a bien quelque chose que je ne supporte pas dans le domaine de la relation clientèle, c'est la malhonnêteté intellectuelle. Je ne pense pas que Stewart Butterfield et Catherina Fake soient des imbéciles, ni des naïfs. On ne conduit pas une entreprise commerciale comme Flickr ® au niveau où elle est arrivée et en la vendant à une multinationale comme Yahoo! ® si l'on n'a pas un minimum le sens des affaires.
Je n'avale pas. Non, non et non, ce n'est pas "all about me"
La problématique se pose pour tous les services basés sur le concept de user generated content. Les services de blogging tel Blogger, de vidéo tels YouTube ou DailyMotion, ou de social networking tels Facebook ou MySpace. La solution n'est pas évidente, et j'ai beau y penser, je n'arrive pas à trancher. En effet la grande majorité des internautes n'ont pas les moyens ou les connaissances pour mettre en place leur propre espace Web. Acheter un nom de domaine, installer Wordpress, ou héberger leurs vidéos ou leurs podcasts. En même temps, en cédant la partie technique à des tiers, ils cèdent en même temps beaucoup (trop) de leurs droits sur leurs propres créations.
Il y a à mon avis tout un modèle à reconstruire. 3.0 quelqu'un ?
[Ajout]
Flickr s'est excusé :
i have received an apology from Flickr HQ, for removing my previous post, which had 450 comments (long , meaningful comments, about how selling other peoples stuff for profit is a crime, and advice and suggestions on how to deal with it) and had over 101,000 views at the time of its deletion.
im relieved that they owned up to their hasty action of removing the photo. thats something.
Mais bon, le mal est fait !
[/Ajout]
Commentaires
Oui Simon, j'aurais dû expliquer un peu mieux... Le problème est que Flickr a supprimé la photo avec le message de rebekka et les 450+ commentaires. Flickr n'a évidemment pas de comptes à rendre, sauf que l'information est perdue à jamais : elle n'appartient pas aux personnes qui l'ont créé, mais à Flickr qui peut en faire ce qu'il veut...
je pense que c'est un risque, à connaître et prendre en considération, quand on utilise ce genre de services, moi même j'utilise ces services (blogger, flickr, dailymotion) mais uniquement parce que le contenu mis n'a pas à être protégé par un copyright, bien que ce soit de moi et mes commentateurs, je pense que si ça se perd un jour, ça ne sera pas ma faute bien que ça nous fera mal.
mais quand l'affaire devient professionnelle, au lieu de prendre un compte pro chez flickr ou dailymotion, je pense qu'un hebergeur et un code personnel (ou même opensource) deviennent indispensables, même si ça revient un peu plus cher.
un dernier point, dans l'affaire de la photographe, je pense que l'avocat n'a pas correctement fait son boulot, car la lettre de dédommagement aurait dûe être envoyé après constation de la publication par le magazine par quelqu'un dont c'est le metier (ex. notaire capable de gerer ce genre d'affaires), là elle ne peut plus rien prouver...
mais quand l'affaire devient professionnelle, au lieu de prendre un compte pro chez flickr ou dailymotion, je pense qu'un hebergeur et un code personnel (ou même opensource) deviennent indispensables, même si ça revient un peu plus cher.
un dernier point, dans l'affaire de la photographe, je pense que l'avocat n'a pas correctement fait son boulot, car la lettre de dédommagement aurait dûe être envoyé après constation de la publication par le magazine par quelqu'un dont c'est le metier (ex. notaire capable de gerer ce genre d'affaires), là elle ne peut plus rien prouver...
Je veux dire, elle aurait publié ces photos sur son propre blogue sur son serveur à elle et elle aurait pu avoir exactement le meme genre de problème non ?
À moins qu'on parle uniquement du fait que Flickr a enlevé cette photo ? Si ce n'est que ça, et bien je pense que Flickr est le seul responsable de son site et qu'ils ne se rangent pas derrière des conditions d'utilisation seulement pour faire beau! ;-)
C'est comme ici, je poste un commentaire, et tu es celui qui a le droit de le conserver ou de le flusher, je ne vois pas le problème là-dedans véritablement!
Bien entendu, je suis pour la liberté d'expression et je n'encourage aucune forme de censure, sauf dans des cas extremes... (désolé pour les accents, quelques problèmes avec Synergy!)