Vers des sweatshops de la haute technologie ?

La nouvelle a fait le tour hier et aujourd'hui des sites et publications technologiques : IBM prévoit mettre à la porte quelques 5000 employés aux États-Unis et transférer une bonne partie du développement en Inde et en Chine. [CNET, Internet News, Silicon.fr]

Même si 5000 emplois sont "négligeables" par rapport au 316 milles employés de Big Blue, il n'en reste pas moins que cette annonce confirme une tendance que j'ai remarqué cette année : la sous-traitance (outsourcing offshore) des projets informatique des pays du nord vers les pays du sud.

Après les cols bleus, c'est donc au tour des clos blancs de voir leurs emplois subir les terribles lois du marché global. Depuis les années 70 les entreprises américaines, puis européennes, ont délaissé le travail ingrat de production dans le domaine du textile et de la confection aux pays pauvres de l'Asie du sud-est. C'est aujourd'hui devenu chose courante : rares sont les grandes marques de vêtements et chaussures qui fabriquent eux mêmes leurs produits. Il ne s'occupent que du marketing et de la vente...

Les dernières années ce sont les tâches d'administration et de comptabilité qui se sont retrouvées sous-traitée dans les pays en développement. Dans mon dernier séjour en Tunisie j'ai discuté avec des personnes qui travaillent dans de gros cabinets comptables tunisiens, et ils m'ont affirmé que la plupart des projets dont ils s'occupent proviennent de cabinets francais.

La tendance semble donc maintenant se retrouver petit à petit dans le domaine des hautes technologies. Des amis informaticiens travaillent dans des PME en Tunisie principalement sur des projets européens, la plupart francais. Ces PME étaient au bord de la faillite il y'a à peine 1 année, et ont retrouvé une santé grâce à cette nouvelle tendance. Un projet de développement informatique sous-traité en Tunisie coute moitié moins cher qu'en Europe. Et ca doit être encore moins coûteux en Inde ou en Chine.

L'Inde est depuis quelques années le pays de prédilection des grosses compagnies des technologies de l'information. Les informaticiens indiens sont reconnus mondialement pour la qualité de leurs formations, et leurs bas salaires. Ces salaires restent néanmoins bien au dessus du salaire moyen local. Et on pourrait se dire que finalement c'est une bonne affaire pour les pays en développement.

Je pense qu'au court terme, le transfert du développement informatique est bénéfique pour les pays pauvres. Mais il y a un risque. La délocalisation de la production textile et de confection a été décrite (et l'est encore) par les promoteur du libre marché comme un moyen pour les pays en développement d'acquérir les technologies des pays développés, de résorber le chomage, et de les aider à se développer... On se rend compte aujourd'hui qu'il s'agit souvent d'une forme moderne d'esclavage, où dans des ateliers de misère (sweatshops), les droits les plus élémentaires sont bafoués.

Il se pourrait que les boites informatique du Tiers-Monde deviennent eux aussi une sorte de sweatshops de haute technologie. Évidemment, exploiter des ingénieurs éduqués n'est pas aussi aisé que de profiter de l'ignorance de pauvres ouvriers affamés. Mais je ne doute pas que la pression du marché hautement concurrentiel des hautes technologies trouvera le moyen de minimiser les coûts, encore et toujours, au détriment des ingénieurs des pays pauvres, ces futur pauvres ouvriers modernes.

Complémet de lecture :
Je viens de tomber sur cet excellent article de Salon.com publié en juillet dernier : White-collar sweatshops
  • mercredi le 17 décembre 2003 à 01:13

Commentaires

Est-ce qu'il faut que je commence à faire les démarche pour mon permis de séjour en Tunisie ??? :)
  • Nicolas
  • à 12:16, mercredi le 17 décembre 2003 #
Je t'assure que je bosse avec une filialeindienne et que ce sont d'excellents ingénieurs, payés deux balles parmois et content de leur sort... :'(
  • Matoo
  • à 12:25, mercredi le 17 décembre 2003 #
Je parle de ce phénomène depuis longtemps etpersonnes ne s'en offusque. On me répond toujours que de toute façon,les salaires reçu par les employés de ces pays, serait extemement bonet des plus concurentiel <b>pour ce pays</b>. Il me sembleque c'est la même chose pour dans le cas de gens qui fabrique deschaussures, ou des t-shirts non?
  • nick
  • à 15:20, mercredi le 17 décembre 2003 #
Juger que le phénomène est "bon" ou "mauvais" dans l'absolu, n'a pas de sens à mon avis.
Cela dépend du point de vue.
Il est clair que la tendance fait perdre des jobs à certains..c'est donc mauvais pour eux.
Les boites qui osent l'offshore, avant les autres, survivent et font des bénéf, leurs actionnaires sont contents.
D'un autre coté, dans les pays du sud, d'autres gagnet ces jobs et c'est bons pour eux, (et pour l'economie de leur pays)..
C'est une tendance "naturelle", consequence de la concurrence, dela loi des marches, de l'offre et la demande, simialire à l'évolutiongénétique darwinienne. (ou le meilleur gagne et le plus faibledisparait)
il s'agit bien d'un PHENOMENE.
Et a cela, on peut s'opposer idéologiquement, on peut essayer de leralentir, mais on ne pourra pas le vaincre ou l'inverser comme tente dele faire l'administration Bush avec ses lois anti-immigration et sesprojets de loi contre l'offshore outsourcing.
Malheuresement, la victime de ce phénomène, le white collar quiperd son job, est trop souvent mal ou pas du tout préparé à affrontercette situation : L'employé moyen de la société occidentale moderne estun "consommateur de l'emploi", comme s'il s'agissait d'une quelconquemarchandise qui doit etre tout le temps disponible au rayon de sonsuper marché favori.
Pour y remédier, il faudrait toute une révolution culturelle qui changenotre perception de l' "emploi" comme "marchandise". une révolution quitransformerait tout citoyen en travailleur autonome, offrant sesservices individuellement ou à des "sociétés/entreprises", et quiserait tout le temps en quete de défendre son marché, ou mieux d'enacquérir de nouveaux.
Si un tel jour arrive, la création de la valeur serait optimale.
Mais au final, quel est notre but à tous dans la vie si ce n'est vivre de façon optimale ? :))
  • jaz
  • à 12:47, jeudi le 18 décembre 2003 #
C'est bon, très bon même.

Le Tiers-Monde se fait royalement fourrer par l'"ouest"; letransfert du "col-blanc" vers ces pays sont finalement le prix à payerpour avoir sucé les ressources de ces pays. Après avoir sucé lesressources naturelles, on "suce" les ressources intellectuelles, àceci-près que, télécommunications aidant, les "ressources" demeurentsur place.

Et, finalement, le meilleur résultat sera l'appauvrissement de laclasse moyenne, voire son anéantissement. Une fois que la majorité dela population sera privée de revenus "aisés", il lui sera devenuimpossible de se livrer à la consommation à outrance qui fait tant pourmassacrer l'environnement et gaspiller les ressources humaines. Onpensera notamment à l'utilisation généralisée de l'automobile au seindes prolétaires, effroyablement ruineuse pour l'Humanité en général.

Et, privés de poissons à qui vendre leurs trucs, les bourgeoissombreront, eux-aussi, dans la pauvreté - juste retour du bâton!!!
  • Lugalle
  • à 10:21, samedi le 20 décembre 2003 #

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