Le Grand Moyen-Orient : une utopie américaine ?
On parle beaucoup depuis quelques jours de cette nouvelle notion de Greater Middle East (Grand Moyen-Orient) promue par l'administration Bush. Comme d'habitude, les américains excellent dans l'association de termes séduisants à leurs projets politiques et diplomatiques. Le Grand Moyen-Orient est présenté comme une vision idéelle du futur des pays arabes et musulmans s'étendant du Maroc au Pakistan. Une vision qui devrait mener ces pays vers la démocratie et la Liberté et un développement économique soutenu, tout en assurant la sécurité de l'Amérique et de ses alliés.Sur le papier et dans les discours des politiques américains, le plan de Bush à l'air d'être le début de la fin de l'Histoire de Fukuyama. On se met à rêver de la fin imminente des tyrannies et des idéologies, d'un monde démocratique et libre où les conflits sont résolus par la négociation et le dialogue, de la paix sociale et politique qui règne sur la planète, et pourquoi pas aussi du bien être économique global et de la fin de la pauvreté. Le conflit civilisationnel de Huntington ne serait pas une fatalité.
D'un coté, l'idéaliste que je suis aime croire à l'utopie théorique de l'Amérique. Qui n'aimerait pas ! De l'autre, mon coté rationnel et pragmatique reconnaît que de la théorie à la pratique il y a un très long chemin à faire. La réalité du monde et les douloureuses et tragiques leçons de l'histoire nous ont appris que l'enfer de l'humanité est souvent pavé de bonnes intentions. Affirmation d'autant plus avérée que le principal éclaireur mène cette humanité par le bout du nez.
L'administration Bush s'est donc fixée comme objectif de démocratiser le Moyen-Orient. Il faut tout d'abord se rappeler qu'en politique étrangère, les américains, comme tous les autres pays, n'agissent qu'en fonction de leurs intérêts. L'intérêt de la première puissance mondiale se résumait en un support aux régimes, aussi tyranniques soient-ils, tant que ces derniers agissent dans le sens des États-Unis. La morale n'a aucune valeur dans les jeux de politique étrangère, sinon à se justifier face à l'opinion publique. Les Etats-Unis ont su tirer profit de leurs choix stratégiques, et de leurs influences économique et militaire sur le Monde. Ils ont gagné la guerre froide et établi leur hégémonie sur la planète. À court et moyen terme, les régimes soutenus par les américains ont bien servi les intérêts de leurs "maîtres". Ceux qui ne sont plus soutenables devant la communauté internationale ou qui ne servent plus les intérêts de l'Amérique sont vite éliminés ou cantonnés dans l'impuissance. Cette attitude a très bien fonctionné pour l'Amérique, du moins jusqu'au choc du 11 septembre.
Si à court et moyen terme, les régimes dictatoriaux épaulés par les États-Unis s'avèrent être fort utiles, à long terme du moins, les américains s'en sont (enfin) rendus compte, ils ne peuvent être viables. C'est là à mon sens la plus importante leçon à retenir des événements du 11 septembre. Dans les pays arabes et musulmans, l'extrémisme est le rejeton de la dictature. De ce point de vue, je suis intimement convaincu que la démocratie tue l'extrémisme, ou du moins le marginalise. De ce point de vue, le Grand Moyen-Orient est un concept à saluer, en théorie. Reste à voir ce qu'en sera fait sur le terrain.
L'obstacle majeur à l'accomplissement de la vision américaine, on ne le répétera jamais assez, est le conflit israélo-palestinien ou plus généralement israélo-arabe. Tant que cette problématique ne sera pas réglée d'une manière juste et définitive, l'opinion publique arabe et musulmane n'aura qu'une appréciation mitigée des efforts américains éventuels de démocratisation de leurs pays.
Ensuite, il y a bien évidemment la problématique de l'Irak. Les américains comptent beaucoup sur ce pays d'abord comme base d'essai et d'expérimentation de leurs visions, ensuite comme modèle à suivre dans la région. Si les américains ne réussissent pas, assez rapidement, à instaurer une démocratie stable en Irak, s'en est fini de leur rêve du Grand Moyen-Orient. À l'heure actuelle, rien n'est moins sûr que ce que sera l'issue de l'intervention militaire en Irak.
Si ces deux problématiques sont résolues, dans quelques années, l'opinion publique arabe et musulmane reprendra confiance en l'Amérique, et soutiendra massivement (j'en suis convaincu) les idées de démocratisation de la région. Nos peuples ont soif de Liberté, mais le sentiment de haine et de rejet envers les États-Unis est encore plus fort que celui du besoin de Liberté. L'Amérique doit convaincre avant de gagner les coeurs du peuple. Sans un accord populaire, aucun changement provenant de l'extérieur ne sera réalisable, et ce ne sont pas les efforts de manipulation et de propagandes médiatiques qui qui risquent d'y changer quelque chose.
Le peuple arabe et musulman attend depuis trop longtemps l'instauration de la démocratie et des Libertés dans nos contrées. Le rêve n'a jamais semblé aussi proche. J'ai grand espoir qu'ici une dizaine d'années, les pays arabes et musulmans seront débarrassés des régimes obsolètes qui n'ont que trop régné.
Articles de presse des derniers jours en vrak :
- Les Etats-Unis lancent leur projet d'un "Grand Moyen-Orient" [Le Monde]
- Démocratie, développement économique : ce que dit le plan américain [Le Monde]
- Les dirigeants arabes récusent les "recettes imposées de l'extérieur" [Le Monde]
- On the Greater Middle East [Al Ahram Weekly]
- Everyone else wants reform [Cairo Times]
- U.S. Says It Wants 'Home-Grown' Arab Reform [Reuters]
- Pay Up, For the "Free One" [Reason Online]
- Arabs view U.S. network with deep skepticism [MSNBC]
ps. cet article a aussi été publié sur La tribu du verbe
Commentaires
Je tenais juste a rassurer l' auteur de l' article.
En en effet, le monde Arabe n' existe pas, ce n'est qu' une vision del' esprit. En tout cas il ne tiendra pas longtemps. On le voit tresbien en Irak que vous citer. Les Kurdes demandent et obtiennent plus d'autonomie; les chiites de meme. Les Kurdes ont ma fois assez souffertde l' arabisation. En Afrique du Nord, le renouveau Berbere estineluctable; vus le bouillonnement identitaire et culturelle desdernieres années.
Même problemes que pour les Kurdes, les Berberes veulent sortir du carcan de l' islamo-arabisme qui les etouffe.
En souhaitant bonne chance aux Palestiniens dans leur lutte pourune vie meilleur. Notons que les Palestiniens, contrairement auxBerberes et aux Kurdes, peuvent apprendre leurs langues et donner lenom qu' ils veulent a leurs enfants. Aux "pays Arabes" de respecter lesdroits fondemmentaux de leur propre peuple afin que la communauteeinternationnal ai de quoi les prendre au serieux.
Amicalemnt
En en effet, le monde Arabe n' existe pas, ce n'est qu' une vision del' esprit. En tout cas il ne tiendra pas longtemps. On le voit tresbien en Irak que vous citer. Les Kurdes demandent et obtiennent plus d'autonomie; les chiites de meme. Les Kurdes ont ma fois assez souffertde l' arabisation. En Afrique du Nord, le renouveau Berbere estineluctable; vus le bouillonnement identitaire et culturelle desdernieres années.
Même problemes que pour les Kurdes, les Berberes veulent sortir du carcan de l' islamo-arabisme qui les etouffe.
En souhaitant bonne chance aux Palestiniens dans leur lutte pourune vie meilleur. Notons que les Palestiniens, contrairement auxBerberes et aux Kurdes, peuvent apprendre leurs langues et donner lenom qu' ils veulent a leurs enfants. Aux "pays Arabes" de respecter lesdroits fondemmentaux de leur propre peuple afin que la communauteeinternationnal ai de quoi les prendre au serieux.
Amicalemnt
Tout système politique , quand il est dirigépar une élite culturelle qui pense et élabore une organisation sociale,un système philosophique ,cette élite devient automatiquementl'expression du totalitarisme qu'elle prétendait éviter .
Ce système devient encore plus drastique et impitoyable si la "politique" est basée sur les préceptes d'une religion.
Ce système devient encore plus drastique et impitoyable si la "politique" est basée sur les préceptes d'une religion.
Vous êtes tous très durs avec ce projet américain....
Et si...si ils avaient raison ?
Pour quelques éléments de réponse :
http://www.afidora.com/cont...
Et si...si ils avaient raison ?
Pour quelques éléments de réponse :
http://www.afidora.com/cont...
non, les américains n'ont pas raison.
Parcequ'ils tuent des gens pour rien.
Ceci dit, l'argument de ton site ne va absolument pas dans les directions que tu essaies d'amener ! relis mieux tes sources...
Et je suis sûr que malgré ton pseudo, tu n'es pas un vrai arabe,aucun arabe n'accepterait la domination américano-sioniste sur laplanète.
Parcequ'ils tuent des gens pour rien.
Ceci dit, l'argument de ton site ne va absolument pas dans les directions que tu essaies d'amener ! relis mieux tes sources...
Et je suis sûr que malgré ton pseudo, tu n'es pas un vrai arabe,aucun arabe n'accepterait la domination américano-sioniste sur laplanète.
Les américains sont des menteurs qui nepensent qu'à leur propre intérêt ! ils parlent de démocratie alorsqu'ils sont des dictateurs à travers le monde et détruisent lesdémocraties ! l'administration buch est une association de criminels,de malfaiteurs et de terrorrisme d'Etat avec Israel comme moyen dedestruction massive !
(1) la démocratie ne peut pas être instaurée (voir même aider à ladétruire) si elle est contre les intérêts des américains. (Exemple :Amérique centrale et sud) (Dans ce sens, je m'attends à des changementsau Brésil)
(2) Une dictature peut être considérée comme "démocratie" si elle sert les intérêts américains (Pakistan par exemple).
La règle générale, s'il n'y a pas d'intérêt économique (peut êtreaussi stratégique et militaire a court terme, mais économique à longterme) dans une région du monde, les US s'en foutent de ce qui sepasse.
Une petite précision, la maison blanche est une sorte de grandecorporation qui ne sert que les intérêts de leur clan (les riches) etils font tout ce qu'ils peuvent pour convaincre leur peuple que cequ'ils font c'est pour le bien de l'humanité, pour assurer leursécurité, pour combattre le mal, pour offrir la démocratie au peuple dumonde : que de beaux slogans.
Pourquoi je perds mon temps à vous dire cela ? Vous le savez déjà :-)