L'amande
- D'accord, tu as une âme mais porquoi t'affubler d'un coeur ? Tu sais ce que c'est un coeur ?- Une pompe !
- Ah, mais c'est qu'elle s'améliore, ma bédouine ! Oui, exactement ! Une pompe. Tu me concèdes que j'en sais quelque chose.
- Je reconnais que tu es un grand médecin !
- Tais-toi, traîtresse ! Je suis le mieux placé pour savoir que, lorsque la pompe s'arrête de pomper, les êtres cessent d'exister et les corps basculent dans la pourriture.
- Les géranuims de Tante Selma ne se posent pas ce genre de questions.
Il a écarquillé les yeux, visiblement épaté :
- Que viennent faire les géraniums dans cette affaire ?
- J'aime leur couleur et déteste leur odeur, mais ils existent sans que que j'aie à en décider. Ils doivent bien avoir une âme, eux aussi, même si je ne la vois pas.
- Tu veux dire un sens. Et mon sexe ? Est-ce qu'il a un sens à tes yeux ?
- Driss, tu me fais peur. Parfois, je me dis que Dieu et toi vous êtes pareils. Trop de séduction ! Je t'aime tellement que faire l'amour avec toi me paraît la seule prière capable de monter jusqu'au ciel et de s'inscrire sur le registre de mes actions valables et défendables aux yeux de l'Éternel.
Il éclata de rire :
- Tu frôles le chirq (polythéisme), ma petite fille ! Fais attention à ne pas te brûler les ailes ! Ah, ma païenne, ma païenne chérie, mon trésor, ma pute immaculée, mon enfant sans peur.
L'amande de Nedjma.