Un débat sur l'intelligence artificielle

Marvin Minsky, considéré par beaucoup (avec Seymour Papert) comme le père fondateur de l'intelligence artificielle, vient de remettre sur la table l'éternel débat sur la nature même de cette discipline.

Wired rapporte dans un article intitulé "AI Founder Blasts Modern Research" un récent discours de Minsky à l'université de Boston, où il constate en gros que l'IA est morte depuis la fin des années 70 et que toutes les recherches faites en son nom depuis ces dernières années ne valent pas grand chose : "AI has been brain-dead since the 1970s".

Il faut dire que Minsky est un fervent défenseur de ce que l'on apelle la "vraie IA" (real AI) qui s'interese plus à comprendre et modéliser les mécanismes de fonctionnement et les processus qui soustendent l'intelligence humaine. Minsky croit qu'on ne peut atteindre la vraie IA que si on arrive à modéliser l'intelligence humaine.

Toutefois, depuis la fin des années 70, cette approche de l'IA dite symbolique a été abondonée par la majorité des chercheurs. La difficulté du problème a poussé ces derniers à s'interesser plutôt à résoudre des problèmes concrets et pointus : reconnaissance des formes, de la parole, traduction automatique et traitement de langues, analyse de données et data mining, apprentissage, robotique, recherche d'informations, etc.

Ceci a eu l'avantage de voir apparaitre des solutions et autres applications pratiques dans les deux dernières décennies. Des systèmes de sécurité aux robots industriels, des jeux vidéos et autres AIBO aux effets spéciaux dans les films, des systèmes de gestion de relations clients dans les entreprises (CRM) aux applications de recommendation de livres sur Amazon, des machines de routage téléphonique à Big Blue, des classificateurs d'information à votre correcteur d'ortographe Word, etc.

L'intelligence artificielle fais partie intégrante de notre vie quotidienne. Le seul hic, c'est que une fois les applications sorties des laboratoires de recherche, on ne les qualifie plus de problèmes résolus par des approches de l'IA, mais des simples problèmes d'ingénierie. C'est ce qui fait que l'IA reste toujours un domaine de recherche, sauf p-e dans les jeux où c'est le seul domaine ou on parle vraiment de IA probablement pour des raisons commeciales.

Pour revenir donc à Minsky, je crois que son discours est plus une provocation volontaire, qu'une réelle prise de position. Il faut admettre que les recherches au niveau de la "vraie IA" a perdu de son charme, et que la plupart des recherches tournent autour du mimétisme du comportement humain. La question étant : est ce qu'une machine qui présente un comportement intelligent est intelligente ? Pour Minsky la réponse est : pas forcément. Pour moi : on s'en fout.

On pourrait philosopher la dessus pendant encore des siècles, (voir la chambre chinoise de Searl), mais à mon avis l'essentiel est ailleurs. J'aime bien l'approche symbolique défendue par Minsky et ses adeptes, elle a un avantage intellectuel stimulant. Penser qu'un jour on pourrait décoder l'intelligence humaine et la modéliser est un défi passionant. Sauf qu'il faut se rendre compte que ca reste quand même un défi énorme, dont on ne verrait pas les applications avant longtemps. Entre temps, des approches plus "terre à terre" ont montré leurs efficacité pratique, alors pourquoi les dénigrer ?

A mon avis l'IA n'est pas morte, elle est juste en train de naître.

Discussion sur Slashdot
  • mercredi le 14 mai 2003 à 13:12

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