Souvenirs de lectures

Je me suis initié à la lecture, comme beaucoup de tunisiens et d'arabes de ma génération, en dévorant les romans de la littérature très populaire pour enfants.
Je me rappelle me cacher pour lire les histories policières de la bande des cinq jeunes détectives égyptiens, je rêvais à eux et à leur génie, aux énigmes que j'aurais aimé résoudre, et aux aventures auxquelles j'aurais tant voulu participer. Je me cachais parce que mon père ne voyait pas de bon oeil mes penchants littéraires, il ne cessait de me répéter que c'était une perte de temps, que j'étais en train de me gaver de médiocrité, que je devrais lire ses vieux Camus, et m'initier à la richesse des classiques de la littérature. Parce que mon père est francophile, il l'était du moins, lorsque le souffle de mai 68 a atteint l'autre rive de la méditerranée. Il avait lu Sartre et Dostoïevski et philosophait allègrement sur l'être et l'individu, il critiquait Godard et Truffaut dans les ciné clubs de Tunis, et avait même poussé l'ardeur jusqu'à vivre la bohème quelque temps à Paris. Il avait naturellement fini par se tourner obsessionnellement vers la religion, à l'instar de toute une génération de jeunes arabes qui avait perdu ses illusions au cours des années 70.

J'ai donc toujours eu à portée de main tous les vieux classiques, jaunis, aux feuilles fragiles, abîmés par le temps. À partir de 12 ans, lorsque j'ai commencé à comprendre le français, j'avais essayé la peste, les misérables, le rouge et le noir, poil de carotte, sans grand succès, je ne comprenais pas la moitié des mots, et je trouvais ces histoires trop longues et trop ennuyeuses. Un jugement dont je n'ai toujours pas pu me débarrasser : je n'ai jamais eu le courage de lire un classiques, même à 30 ans.

Je me cachais donc pour me goinfrer d'indigence. On n'avait pas les cent et une chaînes de télé à l'époque. On avait les dessins animés japonais et européens sur la RTT nationale, on avait les vieux films du lundi soir sur la RAI, et les années collège (Degrassy High) sur la deuxième chaîne française à 17h. On était pas mal limités en terme de médiocrités télévisuelles. Mais on avait notre littérature populaire, venue à point pour combler ce manque. Et j'en avalais de ces histoires. Passion qui, tout naturellement, m'a ouvert la voie à l'univers d'Agatha Christie, d'abord en arabe, puis en français. À 20 ans j'avais presque lu tous ses romans. À partir de 17 ans, je ne lisais pratiquement plus qu'en français, dévorant les recueils de nouvelles populaires de science fiction et de fantastique que j'achetais à quelques dinars au bouquiniste de la rue d'Angleterre à Tunis. Je me suis laissé prendre par les univers énigmatiques de Gaston Leroux, Simenon, Sir Arthur Conan Doyle, Asimov, Stephen King, P. D. James, ...

À 20 ans, ma découverte de la petite bibliothèque du centre culturel français à Tunis fût une révélation. Pendant 4 ans j'y ai passé pratiquement tous mes samedi après-midi. J'y ai découvert la noirceur existentielle de Bilal, l'humour absurde de Geluck, la fausse naïveté de Quino, le catastrophisme philosophique de Otomo, la sensualité érotique de Manara, la souffrance caricaturée de Dimitri, la misère parodiée de Ptiluc, ...

Mon père n'appréciait toujours pas mes lectures, mais je ne me cachais plus. Depuis, mes lectures ont évolué, et j'ai toujours un livre à mes côtés, je lis un peu de tout, des essais, des analyses, des critiques, des romans historiques, fantastiques, futuristes, ... Sauf les classiques, les biographiques, et les romans pseudo philosophiques que je n'arrive pas à digérer.
  • jeudi le 05 mai 2005 à 00:51

Commentaires

Un jour en faisant un tour dans une pseudofoire hebergé sous une tente a l'avenue (a l'encontre du ministrère dutourisme), j'ai trouvé une collection qui a m'était tellment cher"العلم بين يديك" j'ai lu toute la série , il s'agit d'un ensemble debouquin illustré par images dont le contenu est loin d'être scientific, mais plutot éducatif, je l'ai acheté toute et je l'ai passé a monpetit frère, désolation complète .. il préfère Fifa2004..
  • karim2k
  • à 04:18, jeudi le 05 mai 2005 #
J’ai eu la chance en arrivant au lycéesecondaire de trouver encore quelque enseignants français en poste (lesderniers) et qu’on appelait les coopérants.
Ce n’est pas de la nostalgie malsaine, mais quand on se rappelle lesméthodes qu’ils utilisaient pour nous faire partager leur amours pourquelques choses, on ne peut que regretter cette époque, ou unenseignant de mathématique amoureux de rugby essayait de mettre surpied une équipe dans cette discipline, un autre amoureux de la lecturenous ramenait de chez lui des titres du classique introuvable dansnotre bibliothèque de la ville ou ce dernier très branché côté musiqueprêtait volontiers sa petite table de mixage et d’enregistrementd’amateur (installée chez lui) à un groupe de musique pop en herbe.
Je ne dirais jamais assez merci à celle qui m’a encourager à lire « lanausée » de Sartre (malgré la réelle nausée que ce livre donnait àl’époque à un ados de 17 ans en section math), puis la pièce « Lediable et le bon dieu » du même auteur etc. etc. etc.
  • khanouff
  • à 07:01, jeudi le 05 mai 2005 #
Ah, tu lisais Manara... Tu as appris ton italien en lisant ses bds?

Ca explique plusieurs de nos conversations.
sv
p.s. coment ca, ton pere n'appreciait pas?
  • sv
  • à 14:12, jeudi le 05 mai 2005 #
:):) c'est incroyable houssein , on a faitpresque le meme corsus, j'aurai pu écrire ton post à ta place, malgréquelques différences: j'ai raté ta periode centre culturel français:):)et plusieurs des auteurs que tu cite:):)
avant le lycée j'ai tout lu en arabe: de la collection complete denejib mahfoudh, youssef sbai, sameh saadaoui, taoufikelhakim..tout ceque ma grande soeur lisait au lycée:):) et aussi tous les classiquesd'heminguay à victor hugo de autant en emporte le vent au hauts dehurlevent:):)
aprés il y'a eu la peride bibliothéque rose et verte: surtout club descinq et alice roy:):) preque toue la collection ..ce qui m'a mener à lachere agatha et mary hegins clark...
mais je n'ai jamais gober les classiques ou on passait 200 page à decrire une armoire...
maintenant mes lectures passent du kundera, à stephen king, tout passe sauf les classiques :):)
  • adib
  • à 15:25, jeudi le 05 mai 2005 #
non sv, j'ai lu Manara en français. L'italienje l'ai appris en regardant des films sur la chaine de télé nationaleitalienne RAI Uno. :)

Mon père n'appréciait pas que je passe mon temps à lire des BD et desromans policiers traduits, il me disait que c'est une perte de tempsparce que j'y apprenais rien, que le français y était médiocre... Ilavait probablement raison :)

Adib, je n'ai pas tout raconté dans ce post, parce que j'ai quand mêmelu Descartes et Kant (j'ai rien compris à ce dernier) à l'age de 17ans, Freud à partir de 19 ans. J'ai aussi lu à cette époque beaucoup delivres de vulgarisation scientifique , dont notamment la théorie ducahos, et une brève histoire du temps... toutes ces lectures ontfortement influencé ma façon de penser, et remis en doute mescroyances.
je pense que je fais partie de la meme generation,
saufque j'ai decouvert la bibli de charles de gaulle avant mais elle ne m'apas branché autant que le commerce de bouquins chez stoura a la rued'angleterre...
j'ai aussi tout lu en arabe avant de suitcher mode french... il me manque bcp de classique que je compte rattrapper un jour ...
j'ai lu des journaux comme le monde tres tot ... je les lis toujours etje pense qu'il en sont pour bcp dans mon ignorance...( je passe trop detemps pour lire un seul nr )
merci houssein pour ce post !! ma visite du commissariat de 'el maadylors d'une visite en egypte m'a laissé sur ma faim ( comme me l'a ditun ami de la bas : si tu aurais vecu ici tu ne les aurais jamais lu ...je suis d'accord avec lui ...)
putain moi et l'orthographe ca fait deux ...
حو أنا ممن اكتشف القراءة متأخرا نوعا ماوقبلها كنت ممن يطالعون أو بالأحرى يطلعون بالسمع والقصد هنا السماع منوالنقاش مع من يطالعون.
ثم جاء أول كتاب قرأته فعلا هو الياطر لحنمينا ثم أروبا والاءسلام
لهشام جعيط ثم الفتنة الكبرى ، الوحي و القرآن والنبوة لهشام جعيط .
-الاستثناء الاءسلامي لحمادي الرديسي(بالفرنسية).
-الكوفة ونشأة المدينة الاءسلامية لهشام جعيط (بالفرسية).
-نقد ثقافة الحجر وبداوة الفكر للمغربي بنسالم حميش.
وعلى فكرة من كتاب جيد جدا لكن يبقى أحسن ما قرأت أزمة الثقافة الاءسلامية لجعيط طبعا إلىحد الآن.
وأنتظر تكوين العقل العربي لمحمد عابد الجابري وخواطر
الصباح لعبد الله العروي ...
إلا أنني بقيت أطلع بالسمع وبعض المقالات والمقتطفات على النات أو المجلات الفرنسية والعربية
مع الملاحظ وأنني لا أفهم كل ما أقرأ إلا أنني في النهاية أستمتع....
  • AbouAlarabi
  • à 05:15, vendredi le 06 mai 2005 #
Je ne suis pas tunisienne, mais ici enbelgique, qd j'etais petiote, je lisais les aventures du club des 5,c'est pour ca que je m'arrête chez toi, ca m'y à fait repenser, lesComtesse de Segure aussi, la bibliothéque verte, rose .... depuis jesuis très policier, fantastique, P.D. James, Patricia MC Dowell,Higgins Clark mére et fille, Graham Masterson, Ane Rice, Dean Koontz.... Ma mère m'a appris à aimer plus que la lecture, les livres.
C'est une belle passion, un jour peut-être prendra t'on la plume ...
Bonne continuation
  • Safrania
  • à 12:45, jeudi le 02 juin 2005 #
ana bari naaraf shkoun nahia la comtése de ségure
  • fatu
  • à 08:24, dimanche le 09 octobre 2005 #
القد كنت نائما في سباتي العقائدي و الثقافيحتى ايقظني من دلك كتاب تكوين العقل العربي للمفكر محمد عابد الجابرياهداه الي صديق حميم هو احمد الدهمي
  • السعيž
  • à 12:11, samedi le 15 avril 2006 #
Oh là! Parcours commum à plusieurs tunisiens?! Je suis Québécoise et en lisant ce post à mon tunisien de mari il s'est exclamé: Elghaz! Que de bons souvenirs pour lui...
  • Jules
  • à 20:00, jeudi le 19 octobre 2006 #
إلى ينبوع الأخوة منادي السعيد
هأنذا أخفر لك وشما للضداقة على الشبكة لكي نحقق تحرر الروح المطلق و لكي يتعرف على ذاته جدا من خلال روح الصداقة الت خققها لنا و لأننا حققناه مع كل الحب

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