Fièvre jaune
Par Annie TalbotJ'ai découvert il y a quelques années les joies de l'amour à l'orientale. C'est à cette époque que j'ai attrapé la fièvre jaune. Mon petit Nguyen m'a rendue malade de désir. J'ai tellement joui que je me suis prise à rêver de pouvoir mettre un peu de blanc dans cette mer jaune. Or, mon amant a eu tôt fait de m'expliquer que je ne devrais pas compter sur son petit pénis pour engendrer un petit métis; il s'était toujours vu avec une Vietnamienne et sans doute se marierait-il devant une foule constituée uniquement d'yeux bridés. D'ailleurs, ses parents l'avaient toujours encouragé en ce sens.
Les familles asiatiques montréalaises étant en général plutôt conservatrices, je ne pouvais manifestement espérer y dégoter celle qui accepterait de prêter à mes besoins de reproduction et d'hédonisme un de ses chers fils. Mais aujourd'hui, avec l'ouverture de la Chine sur le monde, je constate que mes perspectives de copulation avec un Jet Li ne sont plus si noires…
Chine, ouvre-toi !
Pendant que dans les médias on déplore partout la concurrence chinoise, de mon côté je me réjouis. Parce que je fais partie de ce monde sur lequel s'ouvre la Chine et que l'idée a germé d'aller y faire mon marché. Parmi tous ces petits bonhommes jaunes, je pourrai certainement dégoter un superbe géniteur, mari, amant, amoureux, complice du quotidien, partenaire de sorties... Oh non, je ne suis pas exigeante. Je ne demande pas à un seul homme de remplir toutes ces fonctions… Je pensais plutôt assigner un spécimen asiatique à chaque tâche.
L'idée n'est pas bête. Après tout, à cause de sa politique du contrôle des naissances (depuis 1979, les familles ne peuvent avoir qu'un seul enfant), à cause de cette croyance ancestrale selon laquelle les garçons ont plus de valeur qu'une fille, la Chine se retrouve aujourd'hui avec un rapport de 117 hommes pour 100 femmes, voire davantage dans certaines régions… Déjà, le manque d'ovaires se fait puissamment sentir puisque les premiers-nés mâles issus du giron de la politique chinoise sont maintenant en âge de se reproduire.
Outre le mariage interethnique, quelles solutions s'offrent à la Chine pour aplanir cette disproportion entre les sexes ? En fait, il leur faudrait permettre les mariages homosexuels et autoriser les femmes à prendre plusieurs maris. Cette dernière solution m'a semblé séduisante…
Frontière sino-canadienne
Évidemment, mon fantasme trouvera certains obstacles susceptibles de retarder sa réalisation. Non pas tant que la Chine refuse de laisser partir ses hommes ni qu'elle soit trop ancrée dans ses valeurs traditionnelles. Après tout, la polyandrie n'est pas un concept nouveau pour les Chinois, ou du moins pour la population Na, une communauté où la femme et son plaisir structurent la vie sociale.
Le problème, c'est plutôt de ramener mon harem de mâles au pays. (Eh non, pas question de rester en Chine; il n'y a pas de quartier québécois à Pékin, mais il y a à Montréal un quartier chinois.) En effet, Immigration Canada pourrait prendre jusqu'à deux ans avant de délivrer un permis de résidence permanente à mes hommes. Bien sûr, ce processus pourrait se trouver accéléré si je les épousais, mais comme la polygamie est illégale au Canada, je ne me retrouverais qu'avec un seul Chinois…
L'adoption de p'tits Chinois
La solution réside peut-être dans l'adoption. Ayant l'air d'éternels adolescents, ils n'auraient qu'à affirmer avoir 10 ans de moins que leurs 25 ans. Aussi pourrais-je les adopter. Et ces adoptions-là ne devraient pas coûter trop cher puisque, en principe, les baby-boomers les ont déjà payées à l'époque où ils achetaient des petits Chinois à l'Oeuvre de la Sainte-Enfance. Voilà donc que s'ajoutent des pierres à l'édifice de mon fantasme.
Il faut savoir tirer parti de l'ouverture chinoise. Pour moi, la force de la Chine réside indéniablement dans ses hommes que je vais m'empresser de mettre en marché. Je songe d'ailleurs à ouvrir mon agence d'adoption. Je m'occuperai, bien sûr, de la quarantaine des fringants candidats, question de m'assurer qu'ils sont bel et bien porteurs de cette fièvre jaune dont j'ai été l'heureuse victime.
Article paru dans Le Doigt, vol. 1 no 5.
Republication autorisée par l'auteure.
Commentaires
J'avais moi aussi le fantasme du Chinois avant de vivre un an à Taiwan, ce qui a refroidi mes ardeurs! Ils sont en général empotés avec les femmes, surtout avec les Occidentales (ils ont peur de perdre la face). Mieux vaut s'essayer avec ceux qui sont au Québec depuis un bon bout de temps, il y a moins d'incompréhension de part et d'autre. Mais rien n'est impossible...
Je sais bien qu'il s'agit d'humour, ou tout au plus d'ironie, mais jene vois pas trop où l'auteur(e) de cet article veut en venir.
Elle commence par donner un exemple vietnamien, puis se focalise sur laChine (en tant que Vietnamien je ne me sens aussi Chinois qu'unQuébécois se sent Texan), pour ensuite prétendre qu'il est difficile detrouver des homme Chinois au Canada.
??!!???
La plus grosse minorité visible au Canada est la communauté chinoise,qui dépasse les 30% de population dans certaines villes d'Ontario et deColombie-Britannique, où ils y prospèrent économiquement.
Cette personne n'a visiblement pas souvent quitté le Québec, provincepeu accueillante (si on la compare aux provinces anglophones) enversl'immigration issue des minorités visibles, et de ce fait boudée parles Chinois, et autres asiatiques, car ils n'y prospèrent pas, ils ysurvivent à peine.