نترجاكم، لا تخذلونا

لا أشك لحظة واحدة في نزاهة وأمانة سي كمال الجندوبي. تاريخه يشهد له، ولكل أعضاء الهيئة المسؤولة على الإنتخابات. هم يريدون الخير للبلاد، لا شك في ذلك. لكن لا بد لنا من تحمل المسؤولية، من طرف الهيئة العليا التي تأخرت في إنجاز القانون، والحكومة التي ماطلت طويلاً قبل المصادقة على القانون الإنتخابي، وكل الأطراف التي شدتنا إلى الوراء بجدالاتها الجانبية العقيمة. كل هؤلاء مسؤلون. والشعب لن يسامحهم إن اضاعوا علينا فرصتنا التاريخية. اليوم مصيرنا بأيدينا، كل يوم يمر يزيد من خطر الرجوع إلى الوراء، وعودة الدكتاتورية، ونكسة الإقتصاد، والإنفلات الأمني، وكل ما يندرج عن غياب الشرعية والخوف من المجهول. فلتعملوا ليلاً نهاراً. إن إلتزم الأمر، أطلبو المساعدة من الخبرات والمنظمات العالمية، لا عار في ذلك. لكن نترجاكم، بروح من إستشهدو، بروح تونس، لا تخذلونا… لا تخذلونا!

La date des élections, pourquoi on en est là ?

Voici mon analyse personnelle (qui n’engage que ma personne) sur la question de l’éventuel report de la date des élections de la Constituante tunisienne.

1- Béji Caid Essebsi évoque la possibilité de reporter la date du 24 juillet, question de tester la réaction de l’opinion publique. Il dit a demi-mots que seul un Nahdha y sera gagnante (vous vous en rappelez n’est-ce pas?)

2- Tout le monde lui dit non, quasi-unanimité et refus catégorique de retarder la date de l’élection.

3- La haute instance finit par s’entendre sur le projet de loi, avec 2 semaines de retard sur l’échéance initiale. Le gouvernement fait trainer pendant plus de 2 semaines, en invoquant l’argument fallacieux de l’exclusion des RCDistes, etc. (Vous connaissez l’histoire).

4- La commission chargée de l’organisation et la supervision des élections est finalement formée, avec plus d’un mois de retard.

5- Entre-temps, le premier ministre invite les partis politique, pour leur signifier son attachement a la date du 24 juillet, et que la responsabilité incombe maintenant a la dite commission.

6- 2 jours plus tard, cette même commission nous dit que techniquement ils ne seront pas capable de tenir les élections dans 2 mois.

En gros, tout le monde se fait royalement avoir… Et je n’ai même pas évoqué les 2 mois perdus par le gouvernement Ghannouchi.

Classement des pages Facebook des partis politiques tunisiens

Just for fun, je me suis amusé à recenser le nombre d’abonnés et de fans des pages officiels des partis politiques tunisiens qui ont une présence sur Facebook. Je me suis basé sur la liste publiée par la page Facebook: 10 Millions de politiciens. Voici le résultat.

Parti politique Type Abonnés
Mouvement Ennahda Page 28399
Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT) Page 4966
Congrès pour la république (CPR) Page 4250
Parti démocrate progressiste (PDP) Page 2432
Parti Al Watan Page 1590
Mouvement Ettajdid Page 1405
Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL) Page 787
Parti populaire républicaine (PPR) Page 531
Parti des verts pour le progrès (PVP) Page 273
Parti de la concorde (Al Wifak) Page 217
Parti de la justice et de la liberté (PJL) Page 92
Mouvement des démocrates socialistes (MDS) Page 86
Parti de l’unité populaire (PUP) Page 79
Parti social du centre (PSC) Page 49

Tunisiens à l’étranger à l’instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la Révolution

Les membres du Conseil de l’instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la Révolution ont été officiellement dévoilés aujourd’hui. Une liste merveilleuse de 71 personnalités marquantes de l’ère de la résistance à la dictature.

Ça me fait chaud au cœur de les voir ainsi réunis, ceux-là mêmes qui il n’y a pas si longtemps étaient bâillonnés, censurés, réprouvés, diffamés, dénigrés, calomniés, vilipendés, dénoncés, accusés, inculpés, écroués, suppliciés dans la chair et tourmentés dans l’âme.  Quelle est délicieuse la revanche du temps et des peuples, même si, n’en doutons pas, toutes ces ardeurs mises ensemble risque de bouillonner l’atmosphère, très chaud. On s’entend, les résistants, les rebelles,  les révoltés, et les révolutionnaires insoumis à vie à la dictature, ce n’est pas des enfants de fanfare, c’est des combattants, combatifs et passionnés, des guerriers aguerris à l’art du verbe, de convaincus orgueilleux qui ne se laissent pas marcher sur le pied, pas plus hier qu’aujourd’hui. Souhaitons juste qu’il n’y aura pas trop de dégâts, il en va de notre salut. Je fais confiance à leur sens du patriotisme et de l’amour de la Patrie.

Passons.

Ce qui m’a réjouit le plus, disons, est de voir dans cette liste 2 représentants de la communauté Tunisienne à l’étranger. “Les organisations d’émigrés” comme le mentionne le communiqué de la TAP. Kamel Jendoubi et Mohamed Lakhdhar Lala.

Qui sont-ils ?

Mohamed Lakhdar LalaMohamed Lakhdar Lala est le délégué général de l’Association des Tunisiens de France (ATF). C’est militant de longue date pour les libertés. Il est, à ce que j’ai pu savoir, Il est, parait-il, résident en France.

Ah, et il est aussi membre du bureau politique du parti Ettajdid dont il a présidé le congrès en 2007. (Personne n’est parfait).

Kamel Jendoubi, lui, est plus visible et plus connu. Résident à Paris, il a une présence sur le Facebook, intervient sur Al Jazeera, et se fait interviewé un peu partoutInterdit d’entée au Maroc, il est aussi le président du Réseau euroméditerranéen des droits de l’Homme et cofondateur du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie. Et plein d’autres choses. Exilé depuis 1994, il rentre en Tunisie en Janvier dernier.

Petite analyse rapide d’un sondage d’opinion politique

Je viens de lire les résultats d’un sondage d’opinion publié par Leaders, et réalisé par EMRHOD Consulting.

Contrairement à d’autres sondages, en ligne ou off, celui-ci me parait assez crédible, et reflète à mon avis une image juste de l’opinion publique tunisienne.

D’abord, rien d’étonnant dans les chiffres : Ennahdha est le parti politique le plus connu. Évidemment il y a un biais puisque le sondeur ne fournit pas une liste de partis parmi lesquelles le sondé choisit les partis qu’il déclare connaitre. Dans ce cas, la question posée est  quels partis politiques connaissez-vous. Il est, je crois, plus facile de se rappeler le nom de Ennahdha ou le PDP que celui du FTDL ou PCOT pour ne citer que ces deux-là. Quant au CPR, il semblerait que personne ne connaissait, ou du moins ne se rappelait le nom.

Ceci dit, je crois quand même que les chiffres ne sont pas très loin de la réalité. Ennahdha est de loin le parti le plus reconnu du public, et le chiffre de 29% pourrait sous-estimer la notoriété de ce parti à mon avis. Nuance importante par contre : connu ne veut pas dire populaire, loin de là. En effet, seulement 14,6% des répondants déclarent croire que Ennahdha est le parti le mieux placé pour contribuer au développement du pays. La moitié de ceux qui ont nommé Ennahdha dans la première question.

En même temps, 74,7% des sondés ont répondu : ne sait pas, pour cette dernière question. En gros, cette majorité ne sait pas vraiment quel parti servirait le mieux les intérêts du pays. Normal on va dire : aucun parti n’a encore présenté de plateforme, ni ne s’est réellement engagé dans une compagne de communication orientée idées et propositions. Ça ne saurait tarder.

Donc on se retrouve aujourd’hui avec une grande majorité indécise. Ce qui veut dire que rien n’est joué d’avance. Tous les partis partent quasiment de zéro. La bataille sera rude, mais fort intéressante.

Revenons aux 14,6% d’Ennadha. Ceux-là sont les purs et durs. Ce sont ceux et celles qui supportent et supporteront ce parti par convictions idéologiques propres, plutôt que par choix de programmes ou de plateformes politiques. Leur choix est fait. Ils forment la base conservatrice et islamiste de ce parti. Or, si on diviserait équitablement, et grossièrement les 74,7% d’indécis entre les grands partis, je suis d’avis que Ennahdha ne dépasserait jamais les 25% de votes. Ce dernier chiffre coïncide d’ailleurs avec les estimations du parti lui-même qui aurait déclaré ambitionner à récolter 30% de support populaire. Ce chiffre de 30% provient des estimations du vote pour les islamistes lors du scrutin de 1989. Mais, beaucoup de choses ont changé depuis, notamment une baisse du capital sympathie du mouvement, et l’apparition de 3 nouveaux partis islamistes concurrents qui risquent de grignoter de quelques petits points la part d’Ennahdha.

Ceci laisserait donc entre 75% à partager pour les 50 autres partis. Évidemment, en réalité, seule une demi-douzaine de partis se partagerait ce vote, notamment : PDP, Ettajdid, PCOT, CPR, FDTL, et possiblement El-Watan. Supposons qu’en moyenne chacun de ces partis récolterait 10% du vote. Ceci aboutirait alors à des jeux de tractations et coalitions qui empêcheraient a jamais Ennahdha d’atteindre le pouvoir, du moins pas dans le court et moyen terme. Sauf, et seulement si un de ces 6 partis de gauche ou du centre décident de se coaliser avec la droite islamiste… Improbable, mais pas impossible.

M’enfin, tout ça n’est que spéculation. Pour le moment.

Constituante, scrutin, découpage, et diaspora

Une fois encore, les politiciens et les partis politiques tunisiens, ainsi que les medias et les journalistes, nous démontrent qu’ils sont une coche en retard par rapport aux réalités du pays et des débats essentiels.

Maintenant que la feuille de route est connue et les échéances définies : nous serons appelés a choisir nos constituants le 24 juillet prochain, et une loi électorale spéciale sera finalisée d’ici quelques semaines, la question à débattre aujourd’hui est : comment ?

Or, en écoutant ce qui se dit, et en lisant ce qui s’écrit, personne ne semble s’en soucier du comment on va les élire les membres de cette assemblée nationale constituante. Du moins publiquement. Les tractations en coulisses vont bon train, n’en doutons pas. Le public lui, on l’informera après coup du résultat. De toute manière, il n’y comprend pas grand-chose aux « techniqualités » légales, le public.

Bien sur, en démocratie, des décisions aussi cruciales et fondamentales que le choix du mode de scrutin, la division des circonscriptions, les organes de contrôle et de surveillance des élections, etc., tous ces aspects « techniques » de l’organisation des prochaines élections, se doivent d’être exposées et débattues dans les medias et sur les tribunes publiques. Faire ce débat derrière les portes closes d’une commission, aussi élargie soit elle, n’est pas de nature à rassurer l’opinion et apaiser les craintes. Politiciens et journalistes : transparence et ouverture, s’il vous plait.

C’était mon coup de gueule.

Maintenant, notre objectif pour l’après 24 Juillet est connu : nous voulons aboutir a une assemblée nationale constituante qui soit l’image la plus fidèle possible de la population tunisienne : hommes, femmes, riches, pauvres, citadins, ruraux, expatriés, étudiants, travailleurs, chômeurs, entrepreneurs, universitaires, juristes, médecins, agriculteurs, et c. Cette représentativité de chacun est essentielle à la réussite de l’assemblée. Chacun sachant sa voix entendue.

Le mode de scrutin

Ceci étant, le mode de scrutin qui générerait cette assemblée se doit d’être uninominal afin de minimiser la mainmise des partis sur le choix des candidats et le vote populaire. On vote pour une personne, et non pour une liste de parti.

Deux options se présentent alors : on vote pour élire un seul candidat par circonscription, ou plusieurs selon le poids démographique de cette dernière.

Personnellement j’opte pour la deuxième option : tout en gardant l’esprit du principe simple : « un électeur, un vote », elle donne une meilleure chance de représentation des minorités. Chacun vote vraiment pour une et une seule personne, selon ses convictions, et sans calculs politiciens. Notons ici qu’un vote plurinominal, ou l’on peut voter pour plusieurs candidats en même temps pourrait être envisageable, et engendrerait même une meilleure représentativité à mon sens, mais ce mode est beaucoup plus complexe à expliquer et mettre en pratique.

Évidemment, le ou les candidats qui obtiennent le plus de votes par circonscription sont élus.

Le découpage électoral

Le découpage de l’électorat en circonscriptions est aussi important que le choix du scrutin. Un découpage qui tient compte seulement du poids démographique de la population donnerait une importance disproportionnée aux villes côtières et marginaliserait les régions intérieures du pays. Or, au contraire, étant donné le rôle important qu’a joué la population de ces régions dans la révolution tunisienne, il y a, a mon avis consensus pour leur donner l’importance de représentation relative qu’ils méritent au sein de l’assemblée constituante.

Ainsi, par exemple, un découpage base sur l’élection d’au minimum un candidat par délégation (معتمدية) selon son poids démographique relatif assurerait une présence de toutes les régions du pays au sein de l’assemblée, même celles dont la population est des moins importantes.

La Tunisie compte en effet 264 délégations, reparties quasi équitablement entre les gouvernorats (une dizaine chacun). Selon ce découpage, on aurait donc au moins 10 élus par gouvernorat. Ajoutons a cela le fait que certaines délégations devront élire plus d’un candidat pour, par exemple, chaque tranche de 20 000 habitants. Une délégation de 50 000 habitants devra élire 2 candidats. En même temps, une délégation de 5000 habitants aura la garantie d’avoir un représentant dans l’assemblée.

La diaspora

Faisant partie de groupe, c’est une question qui me tient à cœur, et qui est souvent négligée par les medias et les politiciens. Les Tunisiens résidant à l’étranger représentent 10% sinon plus des Tunisiens. Cette frange de la population se doit d’être représentée à la constituante comme tout le reste de leurs compatriotes. Deux options sont envisageables :

-          On vote pour notre circonscription d’origine en Tunisie

-          On vote pour des candidats issus de la diaspora

La deuxième option est ma préférée pour deux raisons : je veux d’abord que mon représentant a l’assemblée me soit réellement représentatif, qu’il connaisse mes aspirations et soit familier avec ma situation d’expatrié. Ensuite, je crois que les compétences de la diaspora tunisienne enrichiraient les débats au sein de l’assemblée en apportant une vision différente et pratique des régimes politiques tels que vécus dans leurs pays de résidence. Ainsi les tunisiens vivants aux États-Unis savent dans la pratique ce qu’est un régime présidentiel, ceux de France le régime mixte, et ceux d’Italie le régime parlementaire. C’est une richesse dont on ne devrait pas se passer à mon avis.

Deux difficultés ici : le découpage électoral et les résidents à l’étranger qui seront en vacances en Tunisie le 24 juillet.

Le découpage peut être réalisé par régions du monde selon la présence en nombre des tunisiens. Ainsi on pourrait considérer les circonscriptions suivantes : Amérique, Asie, Moyen-Orient, Afrique du nord, France, Italie, Belgique, Europe, etc.

Quant aux expatriés qui seront en vacances aux pays, en plus des bulletins de vote de leur circonscription, tous les bureaux de votes pourraient être munis des bulletins de vote des circonscriptions étrangères. Ainsi un résident au Canada qui se retrouve à Sidi Bouzid pourrait voter pour son candidat qui représente les tunisiens vivants au Canada.

Voila.

J’espère que nous aurons plus de détails dans les prochains jours de la part de la commission chargée d’élaborer la loi spéciale des élections. Un débat public et transparent doit aussi prendre place. Il en va du bien de tous.

Bref aperçu des partis politiques tunisiens

Le tableau qui suit est une synthèse rapide, grossière, et loin d’être exhaustive, a partir d’informations éparse que j’ai réussi a glaner ici et la, concernant les partis politiques tunisiens. Cette liste regroupe les partis fondés, ou reconnus après la révolution, mais aussi ceux qui ont été légalisés avant le 14 janvier. Cette liste est incomplète, et est sujette à révisions et corrections.

Petite anecdote : savez-vous que le plus vieux parti politique en Tunisie, ce n’est pas le RCD, mais le mouvement Ettajdid, anciennement le parti communiste tunisien, fondé en 1920.

Les 5 premiers partis, en italiques dans le tableau, sont ce qu’on appelait l’opposition de façade de l’ancien régime.

Vieux partis politiques – pré 14 janvier

Parti Chef Fondé Légal Tendance / idéologie Figures marquantes
MDS : mouvement des démocrates socialistes Taïeb Mohsni 1978 1983 Gauche socialiste Ahmed Mestiri
PUP : parti de l’unité populaire Mohamed Bouchiha 1981 1983 Panarabisme, socialiste Ahmed Ben Salah
UDU : union démocratique unioniste Ahmed Inoubli 1988 1988 Panarabisme, socialiste Abderrahmane Tlili
PSL : parti social libéral Mohsen Oun Nabli 1988 1988 Droite libérale Mongi Khamassi
PVP : parti vert pour le progrès Mongi Khamassi 2005 2006 Écologiste
Ettajdid Ahmed Brahim 1920 1981 Centre gauche, social démocratie Mohamed Nafaa, Georges Adda
PDP : parti démocrate progressiste Nejib Chebbi / Maya Jerbi 1983 1987 Centriste Nejib Chebbi
FDTL : forum démocratique pour le travail et les libertés Mustapha Ben Jaafar 1994 2002 Gauche socialiste Mustapha Ben Jaafar
Ennahdha Rached Ghannouchi 1981 2011 Islamiste, droite conservatrice Abdelfattah Mourou, Salah Karkar, Hamadi Jebali, Sadok Chourou
Baath Othmane Belhaj Omar 1988 2011 Panarabe, socialiste, baathiste irakien
Tunisie verte Abdelkader Zitouni 2004 2011 Gauche écologiste
PSG : parti socialiste de gauche Mohamed Kilani 2006 2011 Marxiste léniniste
Parti du travail patriotique et démocratique Abderrazzak Hammami 2005 2011 Marxiste
CPR : congres pour la république Moncef Marzouki 2001 ? Centre gauche, Moncef Marzouki, Naziha Rjiba (Om Zied), Mohamed Abbou
PCOT : parti communiste ouvrier tunisien Hamma Hammami 1986 ? Marxiste léniniste Hama Hammami, Ammar Amroussia

Nouveaux partis politiques – post 14 janvier

PCS – Parti du centre social ? 2011 2011 Centriste
PDE – Parti de la dignité et de l’équité Riadh Elamri 2011 2011 ?
MUL – Mouvement des unionistes libres Bechir Bejaoui 2011 2011 Panarabisme
PJD – Parti des jeunes démocrates Chaker Said 2011 2011 Centre gauche (anciens PDP)
PJE – Parti de la justice et de l’équité Chokri Ghadhab 2011 2011 Islamiste ?
MMRJS – ouvement de la réforme et de la justice sociale Mustapha Badri 2011 2011 ?
Mouvement national pour la justice et le développement Mourad Rouissi 2011 2011 Nationaliste arabo-islamique

Autres partis, non encore autorisés

Parti El Wifak Mustapha Saheb-Ettabaa 2011 ? ?
Parti des libres Nader Ben Turkia 2011 ? Droite conservatrice ?
El Watan Ahmed Friaa / Mohamed Jegham 2011 ? ?
MDT : Mouvement démocrate tunisien Jamel Ben Jemiâ 2011 ? ?
MNB : Mouvement néo bourguibiste Mezri Haddad 2011 ? ?
Parti républicain Abdelaziz Belkhodha 2011 ? Centre droite, libéral
UPR : Union populaire républicaine Lotfi Mraihi 2011 ? Centre droite, libéral
PLM : Parti libéral maghrébin Mohamed Boussaïri Bouebdelli 2011 ? Centre droite, libéral
PLT : Parti libéral tunisien Mounir Baatour 2011 ? Centre droite, libéral (issu du PSL) Chedli Zouiten

Ps. J’ai la flemme d’ajouter toutes les sources, mais vous pouvez me faire confiance.

Comment et pourquoi élire une assemblée constituante

On a tendance quand on vit les évènements de l’intérieur, aussi importants et imposants que la révolution d’un peuple, à croire à l’unicité de ce que l’on vit. Sauf que évidemment, dans le cas qui nous intéresse, la révolution tunisienne ce n’est ni la première ni la dernière des révolutions populaires, et comme l’histoire se répète toujours, nous tunisiens n’avons rien inventé en la matière. Nous passons donc par les étapes obligés du changement par le bas, séquentiellement : causes profondes, évènement déclencheur, colère, révolte, révolution, renversement de régime, chaos, faux pas et tractations, naissance d’un nouveau régime. La Tunisie en est au chaos, aux tractations, et aux faux pas, et toujours selon le sens de l’histoire, la démocratie n’a jamais été aussi proche.

Cette remise en contexte, je la voulais une introduction à la question de l’assemblée constituante à laquelle appellent de plus en plus de tunisiens et de forces vives de la société civile et de partis politiques toutes tendances confondues. Une idée à laquelle j’adhère totalement. Pour moi, la révolution ne sera jamais complète sans l’élection d’une constituante qui sera chargée d’élaborer une nouvelle constitution. L’élection d’une telle assemblée est l’acte définitif d’enterrement d’un régime défunt et de la naissance d’un nouveau. Ainsi est le sens pratique de l’histoire moderne. Mais, force est de constater que chaque fois que l’on évoque cette issue, les questions et les doutes, souvent légitimes, fusent de tous parts. On ne comprend toujours pas très bien ce qu’est cette constituante ? Pourquoi a-t-on si hâte de l’élire ? Comment va-t-on l’élire et quand ? Pourquoi ne laisserait-on pas travailler tranquillement la commission de réforme politique ? Qui va gouverner, et s’assurer de la continuité de l’État en attendant ?

La faute en incombe à nos politiciens, opposants et société civile, qui n’ont pas pris la peine de répondre à ces questions. Et à nos médias et nos intellectuels, qui n’expliquent pas, et ne transmettent pas les messages. La question de l’assemblée constituante est tellement fondamentale et urgent qu’elle aurait dû faire l’objet de débats depuis le 15 janvier. Or, six semaines après, on commence à peine à l’évoquer. Dommage. Fondamentale parce qu’encore une fois, c’est le seul moyen de légitimer l’État et ainsi apaiser la rue et commencer à rebâtir la confiance sociale. Urgente, parce que tant que la sincérité du gouvernement et la légitimité de l’État sont remises en doute, tant que le pays restera paralysé, et aucune autre action sociale ou économique ne sera possible.

Il faut d’abord comprendre que l’histoire moderne est remplie d’exemples d’assemblées constituantes, de la France qui en a eu 4, dont la dernière en 1945, à la plus grande démocratie du Monde : l’Inde en 1946, l’Italie la même année, ou plus récemment le Népal en 2008, et l’Islande qui essaye présentement d’en réélire une. Sans oublier l’expérience tunisienne et sa constituante d’après l’indépendance. Encore une fois, l’élection d’une constituante n’a rien d’exceptionnel, c’est même l’aboutissement naturel d’un changement fondamental de régime politique.

Ensuite, le peuple doit savoir au plus vite quand il sera appelé aux urnes afin d’élire cette assemblée. Là encore les craintes sont multiples. Comment va-ton élire cette assemblée ? Personnellement, je pense qu’en trois mois au plus nous serions prêts à le faire. Voici comment je le vois, grossièrement :

- Inscription aux listes électorales pendant 2 mois. (On ne part pas de zéro ici)
- Les circonscriptions seraient divisées selon les municipalités, en accordant un poids relatif à chaque municipalité selon le nombre d’habitants. Par exemple : 1 élu par 20 milles habitants, ce qui donnerait 550 élus. Notons qu’il est courant, et souhaitable, d’avoir un si grand nombre d’élus dans une constituante question de maximiser la représentativité populaire.
- La candidature est ouverte à tous sans exception (à part les militaires et la police), à condition d’être majeur et de résider dans la circonscription à laquelle on se présente.
- Une campagne de 3 semaines serait ouverte avant les élections.
- Ensuite, le scrutin serait majoritaire uninominal à un tour. Ça veut dire chacun vote pour une seule personne candidate de sa circonscription. Celui qui récolte le plus de vote est élu. Les noms seraient inscrits sur une liste, et chacun coche le nom qu’il choisit (ceci pose un problème pour les analphabètes, mais il existe des manières de leur permettre de voter quand même comme l’utilisation de photos ou de symboles).
- Une commission de surveillance de l’élection serait formée de juges, d’avocats, de syndicalistes, et de militants de droit de l’homme reconnus pour leur probité et leur intégrité. Ceux-ci ne devront pas se présenter candidats évidemment. Ils sont épaulés dans leur travail par des observateurs internationaux.
- La justice serait le seul arbitre en cas de litiges.

Voilà. Est-ce si compliqué ? Je ne le crois pas. Ce n’est pas facile certes, et çca demande un engagement sérieux de tous les partis mais c’est très faisable en 3 mois.

Finalement, la constituante ainsi élue aura une mission limitée, à savoir encore grossièrement et tel que je le conçois personnellement :

- Élire parmi ses membres un gouvernement provisoire qui aura pour mandat limité d’assurer le fonctionnement normal des institutions et de l’économie.
- Élire des commissions composées de ses membres. Chaque commission fera appel au besoin à des experts et des conseillers externes qui y siègeraient temporairement : juristes, économistes, médecins, sociologues, journalistes, artistes, historiens, mathématiciens, physiciens nucléaires, nommez-les.
- Chaque commission se penchera sur l’élaboration ou la révision des textes de lois fondamentaux
- Une commission supervisera toutes les autres, et aura pour mission de rédiger une nouvelle constitution, en coordination avec les autres commissions
- Quant aux enquêtes sur la corruption, ils seront remis à la justice

Une fois la nouvelle constitution rédigée, dans un délai de 6 à 12 mois, le peuple serait appelé à l’entériner via un vote référendaire. Si le non l’emporte, l’assemblée se remet au travail pendant quelques mois. À ma connaissance, dans l’histoire moderne, jamais référendum constitutionnel n’a dû être refait plus d’une fois.

Ainsi, la continuité de l’État ne serait pas menacée, la légitimité retrouvée, et la volonté du peuple respectée. Ainsi, et seulement ainsi, on aurait consacré définitivement la démocratie dans notre pays.

L’histoire qui ne commence pas

C’est quand même extraordinaire ce qui se passe en Tunisie. Extraordinaire d’être ainsi témoin, même de loin, de  la genèse d’un peuple libre après 55 ans de confiscation forcée de la parole et des idées. Un jour surement, je raconterais l’histoire à mes petits-enfants, en grand-père fier de son pays et de son peuple.

Retour sur terre.

Toute belle histoire a un commencement. Et là je pense que le scénariste, ou plutôt les scénaristes,  ont perdu le fil de la trame narrative. Décousue, l’histoire part dans tous les sens : d’abord ils y a les dissolussionistes révolutionnaires : dissolution du RCD, du gouvernement, des chambres, de la constitution, des commissions, de la police, nommez-les.  Puis il y a les gardes fous, garants de l’histoire : ceux qui se proclament comité de sauvegarde de la révolution.  Suivis de près des idéalistes constitutionnalistes qui manifestent pour  la formation d’une assemblée constituante qui serait le remède miracle à tous les maux. Il y a ceux qui sont pour le statuquo, ceux la mêmes qui n’y croyaient pas, et qui n’y croient peut être toujours pas. Il y a aussi ceux qui ont créé leurs guerres, question de se faire leur propre révolution à eux : laïcs et laïcisants contre islamistes et islamisants, et vice versa.

La liberté, quoi.

Entre-temps, parmi le bruit de ceux qui gueulent et ceux qui leur gueulent dessus, j’essaye de distinguer qui dit quoi, et qui dit mieux. Que du bruit. Personne ne répond :

-          Une constituante, je suis d’accord, il le faut. Mais quand, et comment ? Quand et comment va-t-on l’élire ? Qui s’occuperait des affaires courantes entre temps ? Quelles lois appliquerai-t-on en attendant ?

-          Il faut dissoudre les commissions, d’accord ces commissions ont été créés à la va vite, sans réflexions ni consultations, ni mandats précis. Mais alors, qui fera les enquêtes ? Quand ? Comment ?

-          Un comité de sauvegarde de la révolution ? Faudra m’expliquer ce que serait cette bête à milles têtes. Quels mandats ? Quelle légitimité ? Qui et comment  exactement ?

-          Et surtout : quand voterons-nous pour une nouvelle constitution ? Quand élirons-nous notre nouveau parlement ? Des dates, quelqu’un ?

Je ne m’attends pas à des réponses, parce que personne ne semble vouloir poser les bonnes questions. Peut-être que personne ne veut les poser, justement, ces questions. Peut-être que 50 ans de résistance ont généré une génération de très bons démagogues rêveurs, mais de piètres politiciens. Moi, en tout cas, je refuse d’être le mouton du troupeau, je ne suivrai que celui qui me montre le chemin, clair et éclairé, celui qui me dira comment arriver à destination avec le moindre risque, qui me garantira un résultat dans un délai précis. Je suis prêt à le croire sur parole, mais qu’il s’engage et me le dise. Celui qui me dessine son plan, je le suis.

En attendant, je ferme Facebook, et j’attends.